« Quelles sont les principales
fins du mariage ? » demande un catéchisme de 1782. Et les choses évoluèrent fort lentement. C'est ainsi que dans le "Petit Catéchisme du mariage" imprimé le 27 mars 1920 à Paris, on y retrouve encore les préceptes suivants (extraits) : D'où vient
donc la malice intrinsèque de ce crime ? [du péché qui
limite la vie] De
la violation réfléchie et voulue de l'ordre établi
par Dieu dans les rapports conjugaux. Dieu, auteur de la nature,
permet la satisfaction des sens qui accompagne les rapports conjugaux
dans le but premier de favoriser la propagation de l'espèce
humaine. Rechercher le plaisir en supprimant la fonction, et ainsi
priver volontairement de son effet naturel l'acte du mariage, est
un désordre qui porte préjudice à la race elle-même
(...)
N'y
a-t-il pas des cas où une femme expose sa vie en acceptant
la maternité ?
Moins
souvent qu'on ne le pense ou qu'on le dit. (...) La faute en est à notre
civilisation factice et raffinée (...) à l'éducation
de beaucoup de jeunes filles qui élevées dans la coton,
entourées de toutes les délicatesse du confort contemporain,
ne sont plus capables, devenues épouses, de supporter le moment
voulu le travail et la douleur.
Que
faut-il penser des femmes mariées qui meurent victimes de
la maternité ?
Il
faut les plaindre toujours (...) Bien dignes d'admiration sont ces épouses
vraiment chrétiennes, au coeur fort dans un corps chétif,
qui soucieuse de sauver l'âme de leurs maris, en secondant
leurs légitimes désirs, en écoutant le voeu
secret de la nature, sont tombés sur le champs de bataille
de leur maternité.
Quel
serait le moyen de diminuer le nombre de ces victimes ?
Refaire
une génération vigoureuse.
Sans commentaire..... La
libération sexuelle que nous connaissons aujourd'hui trouve ses
racines dans le mouvement de mai 68. Et c'est bien vrai que l'accès à la
contraception et la possibilité de pouvoir contrôler ses grossesses
fut, pour la femme, une libération dont les jeunes femmes d'aujourd'hui
ont peine à imaginer l'importance.
Durant
des siècles, la vie sexuelle de nos ancêtres fut un combat incessant
entre le respect des préceptes rigides de l'Eglise en la matière
et les tentations de la chair qui n'étaient certainement pas moindres
que de nos jours.
L'Eglise
ne badinait pas avec la sexualité. Non seulement, une jeune fille
devait se présenter vierge à son époux le soir de ses noces (l'inspection
des draps au lendemain de la nuit de noces était pratique courante
dans certaines régions), mais elle considérait comme péché toute
relation sexuelle dont la procréation n'était pas la finalité.
Le
plaisir sexuel, sur lequel pèse la tare du péché originel, n’est
justifié aux yeux de l’Église que dans la mesure où il permet la
reproduction de l’espèce. C’est pourquoi il n’y a de sexualité permise
que dans la vie conjugale. Non seulement les censeurs ecclésiastiques
prohibent toute activité sexuelle extra-conjugale, mais dans la
vie conjugale elle-même, ils veillent à ce que le plaisir sexuel
ne puisse se libérer de sa finalité reproductrice : ils interdisent
les rapports sexuels trop amoureux comme les rapports non féconds.
Sous
la plume de Emmanuel FILHOL : " L'image de l'autre au Moyen Age
- La représentation du monde rural dans le Guide du pèlerin de Saint-Jacques
de Compostelle " on peut lire ceci :
Le
combat incessant que l'homme doit mener contre l'esprit de fornication,
le plus honteux de tous les vices, a toujours été au centre de
la morale chrétienne, et cela dès les premiers penseurs de l'Église.
De Tertullien à Cassien, l'éthique sexuelle chrétienne repose sur
la condamnation vigoureuse de la recherche du plaisir sexuel.
A la fornication comme recherche du plaisir, l'Église oppose le mariage, qui est devoir de procréation. Et toute recherche du plaisir en mariage fait de l'accouplement un adultère. Autrement dit, nous sommes obligés de nous unir à l'autre sexe pour faire des enfants, mais nous ne devons pas nous attacher aux plaisirs sexuels. La sexualité ne nous a été donnée que pour nous reproduire. C'est un péché que de l'utiliser à d'autres fins, et par exemple pour le plaisir. On sait que l'un des moyens choisis par l'Église pour combattre la luxure, considérée comme le vice féminin par excellence, a été de stigmatiser ce péché capital dans les représentations de l'enfer, au tympan des portails du jugement dernier. Ainsi, " sur un chapiteau de la Porte des Comtes à Saint-Sernin de Toulouse, le Luxurieux est torturé, à côté de la Luxurieuse en proie aux serpents, sous la figure d'un homme nu livré à deux démons qui labourent avec des crocs ses organes génitaux ". Ou encore, " sous le porche de Moissac où les deux Vices voisinent, la Luxure apparaît sous les traits d'une mégère dont les seins et le sexe sont dévorés par des serpents et des crapauds : elle est ainsi punie par où elle a péché ". C'est ainsi qu’on rencontre en général vers 1650-1740, parmi les populations paysannes d’Ancien Régime, des taux excessivement bas de naissances illégitimes et de conceptions prénuptiales (respectivement 1 à 2 % du total des naissances et 1 à 2 % du total des premières naissances). Au cours du XVIIIe ou du XIXe siècle, cette austérité diminuera quelque peu et des modèles de conduites sexuelles plus relâchées se répandront dans les campagnes en même temps que se diffuseront des coutumes contraceptives (coït interrompu). On
n'épouse pas un étranger…
"Si
tu le peux, marie-toi dans ton village, et si tu le peux, dans
ta rue, et si tu le peux, dans ta maison" conseille un ancien adage.
C'est
dire que la notion d'étranger était autrement restrictive qu'à notre époque
et il était inconvenant, en milieu rural, de se marier en dehors
de son village ou de sa paroisse. Jusqu'au XIXe siècle,
70 % des garçons épousent une fille du village et 90 % des filles,
s'y marient.
Les
choses se compliquent quand on sait que les édits de l'Eglise,
sous prétexte de lutter contre l'inceste, interdirent, à une certaine époque,
les unions jusqu'au septième degré de parenté. Lors du Concile
de Latran (1123), les Pères de l'Eglise ramenèrent cette limite
au quatrième degré de parenté, lequel demeura en vigueur jusqu'en
1917. Tout cela explique que malgré des possibilités de dispense
(si on y mettait le prix) accordées par l'évêque pour des parentés éloignées,
le choix de nos ancêtres était assez restreint et que le risque
du célibat forcé n'était pas insignifiant.
Pour
nos ancêtres, il n'était donc pas facile d'épouser l'élu(e) de
son coeur et les liens de parentés n'étaient pas les seuls obstacles à vaincre
par Cupidon.
En
effet, bien souvent, aux impératifs parentaux, venaient s'ajouter
les intérêts du patrimoine foncier de la famille et les mariages "arrangés" étaient
loin d'être un "privilège" de l'aristocratie.
Bien
plus que les classes populaires, la noblesse était coutumière
des adultères, des répudiations et des mariages consanguins.
Pour tenter de remédier à cet état de choses, l'Église imposa
son modèle de mariage à l'occasion de la réforme grégorienne, à l'initiative
du pape Grégoire VII dès la seconde moitié du XIe siècle. On
ne se marie pas n'importe quand
C'est également du Concile de Latran que remonte la publication des bans, c'est-à-dire la proclamation solennelle du mariage quelques jours avant sa célébration, afin d'éviter les mariages clandestins. Le jour de la noce doit obligatoirement être un jour « ouvrier ». Les dimanches, les jours de fête, les jours où l’on honore la Vierge Marie (Chandeleur - Visitation - Assomption…) sont formellement exclus. Le vendredi, jour de jeûne en mémoire de la mort du Christ est prohibé ; le jeudi et le samedi sont évités parce que les festivités risqueraient de se prolonger à des jours interdits. De même, il est interdit de se marier pendant les périodes de pénitence (Avant - Carême) où l’abstinence sexuelle est imposée. D’autre part, depuis la nuit des temps, le mois de Mai a toujours été évité et de nos jours encore, cette croyance reste bien ancrée chez certaines personnes : « noces de mai, noces mortelles » - « en mai, les méchants se marient » - « mariages de mai ne fleurissent jamais » - « les mégères se marient en mai » … Les raisons de cette méfiance pour le mois de mai doivent trouver leurs racines dans la nuit des temps et restent méconnues. Ce n’est, en effet, qu’à partir du XIXe siècle, que ce mois est devenu le mois de Marie. Par contre, en milieu rural, c’est tout normalement que l’on ne se mariait pas pendant les mois d’été. La nécessité des gros travaux de la fenaison et de la moisson n’en auraient pas laissé le temps aux préparatifs et aux festivités. Les mariages à la campagne avaient donc lieu, principalement, en janvier et février (entre la fête des Rois et le Carême) et en novembre (après les derniers travaux des champs et avant le temps de l’Avent). La toilette de la mariée
Ce n’est qu’à partir des années 1870 -1880 que s’est installée, même dans les campagnes les plus reculées, la tradition de la robe blanche en référence au culte de l’Immaculée Conception apparu à cette époque avec les apparitions de Lourdes. Avant cela, la robe de la mariée était de couleur vive, surtout rouge ou bleue et toujours recouverte d’un tablier de couleur, voire parfois blanc. Avec la robe blanche, est née aussi la couronne de fleurs d’oranger dans les cheveux, et l’apparition du voile blanc. Notons qu’au Moyen-Age, c’était cheveux au vent en signe de pureté, que la mariée se rendait à l’église.
La
cérémonie
Jadis,
c'était à pied (ou en charrettes) que le cortège nuptial, plus
ou moins long, se rendait à l'église pour la cérémonie. Et comme
signalé dans le chapitre "Baptême", les chemins étaient parfois
longs et non dépourvus d'embûches.Le
cortège était emmené par la mariée avec à son bras, selon les régions,
son père, son parrain ou le premier garçon d'honneur.
Liturgie, échange
des anneaux, signature des registres paroissiaux (si l'on savait écrire)
faisaient déjà partie d'un rituel beaucoup plus long que de nos
jours.
La
nuit de noces
Après
un repas de noces des plus copieux et qui pour certains, se prolongera
bien au-delà de la nuit, les jeunes époux prenaient congé de la
compagnie pour se retrouver en tête-tête
Pour
mesurer la solennité de cet instant, il faut se replonger dans
le contexte de l'époque où il n'était pas question de badiner avec
les règles de la virginité prénuptiale. En tout cas pour la jeune
mariée qui allait devoir affronter les assauts d'un mari pas toujours
des plus prévenants et bien souvent déjà riche de l'une ou l'autre
expérience.
Toutefois,
dans certaines régions, notamment en Bretagne, les jeunes époux
devaient dormir séparément la première, voire la deuxième nuit,
la mariée devant offrir la première à la Vierge Marie et la seconde à Saint-Joseph.
Assez répandue aussi la tradition qui voulait qu'au matin de la nuit de noces, une délégation familiale fasse irruption dans la chambre des jeunes mariés et inspecte les draps afin de vérifier la virginité de la mariée d'une part et la preuve de la virilité du marié d'autre part. Il arrivait même que le drap soit exposé à la fenêtre de la chambre pour informer le voisinage que tout s'était bien passé « dans les règles ». Croissez
et multipliez-vous…
Une
fois les devoirs initiaux accomplis, ce sera l’attente, parfois
longue, de la première fécondité de la jeune épouse.
La
religion est sans équivoque à ce sujet : la relation charnelle
ne peut et ne doit avoir qu’une finalité, la procréation. Et si à la
St-Jean qui suit le mariage, le couple était toujours sans enfant
(né ou à venir), il lui revenait d’allumer le bûcher rituel afin
de s’attirer les faveurs célestes. Le premier enfant arrive généralement
10 à 18 mois après le mariage puis les autres arrivent tous les
deux ans.
Un
couple sans enfant se sentait maudit et humilié. Et nombreuses
furent nos aïeules à s’être rendues en pèlerinage afin d’y implorer
tel ou tel saint réputé pour favoriser les fécondités. Car bien
entendu, la femme ne pouvait qu'être la seule responsable de cet état
de choses en ces temps où les connaissances médicales étaient encore
bien rudimentaires. Des estimations font néanmoins état d'un taux
de stérilité de 10%.
Des études
menées par les historiens démographes ont permis, grâce aux monographies
villageoises et régionales d'étudier le comportement des Français
devant le mariage, la famille, et de découvrir que nos ancêtres
se mariaient fort tard aux XVIIe et XVIIIe siècles
(28 ans pour les hommes, 25 ans pour les femmes), et
que les aléas de l’existence mettant fin prématurément à bien des
couples, chaque mariage donnait en moyenne quatre ou cinq enfants.
Ce système autorégulateur permettait à la société française de
combler ses pertes, liées à une forte mortalité infantile.
Si ces estimations sont exactes, on ne peut nier l’existence de la quantité des familles très nombreuses dans certaines classes sociales, principalement en milieu rural. En effet, à raison d’une maternité tous 25 à 28 mois (en cas d’allaitement), tous les 10 à 16 mois (quand la mère n’allaitait pas), une moyenne de 10 à 16 enfants était à redouter pour nos aïeules à l’aube de leur vie maritale. Bien sûr, le taux de mortalité infantile très élevé, les guerres et épidémies de tous genres, la courte durée de vie des adultes seront autant de facteurs de régulation démographique. Les
périodes d’abstinence
D’autre part, en milieu rural et pour d’autres raisons, l’abstinence était souvent observée durant les périodes des grands travaux aux champs. Cela explique, comme souligné dans le chapitre « Baptême » que le taux des naissances y était particulièrement élevé en hiver (entre décembre et mars).
La
limitation des naissances
Ce
n’était certes pas le statut de la femme qui était en cause en
ces temps pourtant pas si éloignés. Dieu en avait fait une procréatrice
et là était son rôle quoiqu’elle puisse en souffrir dans son corps
et dans son statut social. L‘Eglise ne tolérait aucune dérogation à ce
principe et même au début du XXe siècle, si lors d’un
accouchement difficile, un choix devait être fait entre l’enfant
et la mère, la religion recommandait que l’on sacrifie la mère !
Confrontés à ces
naissances répétées et à la précarité qui en résultait, nos ancêtres étaient
bien tentés de pouvoir contourner les lois de la nature et malgré les
interdits de l’Eglise, des pratiques se répandirent peu à peu.
C’est
pourquoi, les confessionnaux étaient les endroits de prédilection
des curés d’antan pour repérer les brebis égarées et leurs pratiques
prohibées. Partout, le clergé traque les « funestes secrets
et les pernicieux exemples ».
En
quoi consistaient ces pratiques contraceptives ? Répandue
et bien entendu inefficace était la position « elle au-dessus » qui était
censée favoriser le rejet de la semence de l’homme ! Des drogues
diverses étaient également utilisées de même que la pratique du « coït
interrompu » importé des classes plus aisées.
Plus
graves étaient les pratiques abortives auxquelles des femmes eurent
recours depuis la nuit des temps.
Breuvages
divers, préparations de sorciers, saignées de chirurgiens complaisants,
manipulations de sages-femmes qui souvent mutilaient à vie, coups
de pieds dans le ventre assénés par un mari qui ne trouvait que
ce moyen pour empêcher la venue d’une bouche à nourrir supplémentaire,
infanticides postnataux camouflés en accidents, furent autant de
pratiques connues et poursuivies avec la plus grande rigueur par
les autorités civiles et religieuses.
Depuis
le Moyen-Age, une femme qui avait avorté était frappée d’excommunication.
En France, les édits de 1556 et 1586 la condamnent à la peine
de mort. Parallèlement, on assiste à une augmentation du nombre
d'enfants abandonnés.
Toutefois, à la
fin du XVIIIe siècle, les funestes secrets commencent à se répandre
et les délais entre les naissances augmentent logiquement. Extrait
de « Le vrai roman d’une vie » - J.L. BEAUCARNOT
(Ed. R. Laffont ; 1989 - p.128) :
Guy
Cabourdin cite l’exemple d’une femme de Aydoilles, dans les Vosges,
condamnée à la pendaison en 1612 pour s’être fait avorter.
A la même époque, une veuve de Blamont, en Meurthe-et-Moselle, est exposée au carcan un quart d’heure, puis pendue « après avoir eu les mamelles tirées d’une tenaille ardente ». Elle s’était fait avorter… |
