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... et déjà des petits hommes et des petites femmes Jusqu'à l'âge de 6 -
7 ans, le petit garçon, comme la petite fille porteront, le plus souvent,
la robe "unisexe" qui sera utilisée pour l'un comme pour l'autre. Glandée
: droit accord aux paysans, de laisser pâturer les porcs dans les forêts
de chênes après la chute des glands Les petits bergers et
petites bergères ne font pas partie des légendes d'autrefois, mais furent
bien la réalité de petits bouts d'hommes et de femmes à peine sortis des
jupes de leur mère. De longues journées solitaires où la rêverie faisait
le plus souvent place à la peur et à l'angoisse.
Après
sa communion, le garçon se doit d'être un travailleur part entière. Ces grands marchés de la main d'oeuvre donnaient également lieu
des festivités qui dans certaines régions, pouvaient durer trois jours.
Les
gages proposés aux valets étaient
souvent modestes, voire symboliques. En compensation, le maître était
tenu de leur offrir le logis et la nourriture, ce qui pour l'époque représentait
la sécurité première.
Pierre ISRAEL dans LORCE, Histoire d'une communauté rurale - 1989, nous brosse un tableau bien éloquent de la vie des adolescents d'autrefois, en milieu rural : ..En dehors du peu de temps que le jeune passe sur les tabourets de l'école avec son écritoire sur les genoux, à quoi peut-il bien occuper son temps ? Il garde le bétail familial lorsqu'il n'est pas à la herde, il se charge des corvées d'eau à la fontaine, il aide ses parents à la fenaison, à la moisson. Les filles en plus, secondent leur mère dans les travaux ménagers. Gilles Boniver envoie deux de ses fils, Jean et Laurent, armés de houes pour creuser une rigole et dévier vers sa prairie l'eau d'une lavasse. A son tour, un autre de ses fils, Gilles-Joseph, n'a guère de difficultés pour trouver une occupation à ses enfants, que ce soit au moulin ou à la brasserie. Les charbonniers ne tardent pas pour emmener leurs fils travailler dans les bois et le maréchal initie très tôt son aîné au travail de la forge. ...Les enfants des familles pauvres, on les envoie le plus tôt possible travailler au dehors. Ils ne gagnent pas lourd mais c'est une bouche de moins à nourrir. Il arrive même que le maître leur offre un sarrau ou une paire de chaussures. Jean Thiry-Noël n'a pas huit ans lorsque son père le met en service chez Jean-Pierre Germain aux Forges. Il y garde le bétail pendant six mois. A l'âge de 13 ou 14 ans, il conduit toute une année la herde de Houssonloge. L'année suivante, toujours à Houssonloge, il garde les boeufs de Hubert Gérard, puis il déniche une occupation fort semblable à Renier, entre Bru et Werbomont. De là, il s'en va conduire la herde de Quareux, toujours pour un an. Plus tard, le herdier se mue en berger : il mène le troupeau de brebis de la ferme de la Picherotte, perdue au fond des bois dans le vallon de la Chefna. A la fin de ce dernier contrat, il rentre pour un temps chez son père. Il a alors 19 ans. L'occupation suivante le mène pour la première fois loin de chez lui. Avec le fils le Caporal de Xhierfomont, il s'en va travailler quatre mois pendant la bonne saison de 1738 dans les bois de Cardie, du côté de Trèves. Il vit là du produit de son travail et il ramène à son père le solde de sa paie. Après un bref séjour à Lorcé, il repart, cette fois à Bande, entre La Roche et Rochefort. Il y travaille pendant dix-huit semaines avec son frère Lambert, ses cousins Corbel et George Hubert et un certain Jacques Martin chez un Lorcéen du nom de Fouar installé depuis peu dans le duché de Luxembourg. A l'age de 25 ans, il s'engage, en compagnie de Jean François de Chession au neuf fourneau en Allemagne pour une campagne de fonte qui dure sept semaines. Rentré à la maison, il remet de nouveau le reliquat de sa paie à son père. Il a 26 ans et il est majeur lorsqu'il décide de quitter définitivement le toit paternel. Désormais, il travaille dans les bois et lorsque la saison n'est pas favorable, il se retire soit chez son frère Hubert, soit chez Pasquay le Bernier où, lorsqu'il rentre trop tard et que la porte est fermée, il doit se contenter du fenil. Le deuxième frère Thiry-Noël, Hubert, a débuté lui aussi dans le service dès l'âge de dix ans, d'abord à Targnon, chez Bouxhetay, puis aux Forges chez Jean-Pierre Germain, chaque fois pour un an. Par la suite, il est occupé chez Jean Gérard à la Neuville, puis chez le curé de Chevron, chaque fois pour deux ans. Il termine sa carrière de domestique par un engagement d'un an chez Montgnoul, toujours à Chevron. Il rentre alors à Lorcé chez son père. Nous sommes en 1734. Il a 17 ans. De là, jusqu'à son mariage en 1741, soit pendant sept ans, il travaille dans les bois. Il arrondit ses revenus en capturant du gibier, grues, bécasses et grives qu'il s'en va vendre à Liège. Depuis l'âge de douze ans, un troisième Thiry-Noël,
Lambert, a connu, lui aussi, une carrière de domestique et de
vacher : un an à Chevron chez Antoine Adam, un an chez Cordonnier à Paradis. Il décide après de travailler dans les bois. C'est plus fatigant mais mieux payé. Il ne quittera cette occupation que six ans plus tard pour s'engager comme soldat dans la compagnie de Monsieur Jamar, au service de sa majesté la Reine de Hongrie, dont il est sortit il y a deux ans. Et depuis lors, il charbonne dans les bois de Froidcourt . Quant aux filles, elles feront de bonnes servantes. On les place quelquefois très loin. Début 1696, une des filles de Jean Lespagnoul de Targnon s'engage pour cinq ans chez son oncle Henri Piron. Henri Piron, qui est originaire de Targnon lui aussi, est parti s'installer à Mittelbach, à deux lieues au sud-ouest de Hombourg, tout au sud de la Sarre. Les deux beaux-frères conviennent des conditions de l'engagement de la fille Lespagnoul devant notaire. En échange des services de sa nièce, Henri Piron cède à Jean Lespagnoul un pré gisant dans /e fremonpreid, une pièce de terre al goffe dé Laveu, un demi journal au Wey, un morceau de cortil as Sansay avec ses arbres fruitiers. Lespagnoul est heureux que sa fille
s'en aille pour cinq ans, mais
il espère que Piron la traiterat
en bon pere de famille, luy donnerat ses aliments
et entretients honnestement, et ne luy
permetterat la conversation
des huguenots.
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