LA TORTURE
Walthère JAMAR "Chevron dans le passé"
Nous donnerons quelques extraits de procès où il est question de la torture, en omettant les confessions habituelles, suivies des condamnations toujours rédigées dans les mêmes termes.
Procès du 23 Juillet 1604 :
Estante Mariette, femme Lowette de Habiemont, amenée par le maître des hautes oeuvres à la torture, icelle a dit et confessé que le Diable, son galand, appelé Margolet, s'apparut la première fois à elle au fourneau de Neucy, etc.
Seconde séance, le lendemain 24 Juillet 1604 :
Estante derechef et secondement Mariette, femme Lowette de Habiemont, ramenée à la torture, a confessé, etc.
La Cour constate des contradictions dans ses nouvelles confessions et adresse au Mayeur la requête suivante :Messieurs de la Cour de Justice de Cheveron, au Mayeur héréditaire.
Attendu les variations volontaires de la femme Mariette, la Cour est d'avis d'encore la tenir pieds et mains en ferme (torture de la ceppe) jusqu'au soir, et le soir venu, lui eslargir les mains seulement, et entretenir et traicter jusqu'à autre ordonnance.
Le tout pour entendre et savoir d'elle la pure vérité de ses méfaits et variations.La malheureuse, ramenée une troisième fois à la torture rigoureuse, continua la série de ses confessions et se vit condamnée dans les termes d'usage, à être étranglée puis après son corps réduit en cendres.
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Le jugement fut prononcé à Cheveran, devant la maison forte, en présence des nobles hommes Jacques de Rahier, lieutenant Podestat, du Seigneur Mayeur, de sa Justice et de la patiente.
Dans un autre procès de sorcellerie, du 13 Août 1607, intenté à Anne, femme Dieudonné des Forges, qui malgré la torture, niait et persistait dans ses dénégations, la Cour décide qu'elle sera remise pour la seconde fois à la torture rigoureuse.
Et la dite Anne estante remise la seconde fois à la torture, n'a rien confessé.
Alors l'officier a demandé à la Cour ordonnance ultérieure.
Et la Cour décide, que vu la persistance de la dite Anne, la condamne à subir et endurer « le Ceppe » le terme de deux heures, pieds et mains. Et que les deux heures expirées, il sera, ultérieurement ordonné.La torture de la ceppe, dont il est ici question, consistait à enfermer les pieds et les mains de la patiente dans une lourde pièce de bois percée de 4 ouvertures assez rapprochées qui tenaient comme dans un étau l'extrémité des membres.
Il existait d'autres genres de torture, mais dans le dossier des archives, je n'ai trouvé mentionné que de « la Ceppe ».
Pierre ISRAËL « LORCE - Histoire d'une communauté rurale » mentionne :
Il existe un autre supplice encore bien plus efficace, l'estrapade, mais qui paraît réservé aux suspects conduits au château de Stavelot. En août 1604, Anne, la femme de Jean le Camus des Forges, est soumise à ce supplice :
« at esté ladite Anne par ledit maître des haultes oeuvres, tirée par les bras lyee par derier avec la pollie en hault estendue et interrogée si elle estoit sorcier, et a voit heu accordance avecque le diable, surquoy, estant devallée, at declaré... »
Pieds et mains liés, les mains derrière le dos, le supplicié est accroché par les mains et soulevé de terre au moyen d'une corde qui coulisse dans une poulie. Le corps est distendu par un poids fixé aux pieds. En relâchant brusquement la corde, on disloque bras et jambes.
Je ne sais quel sort fut réservé à cette malheureuse Anne, n'ayant rien trouvé à ce sujet dans la farde fort incomplète et fragmentaire des archives.
Si la malheureuse, remise 3 fois à la torture, persista avec la même énergie dans ses dénégations, il est à supposer qu'elle fut libérée faute d'aveux.
Je vois en effet qu'en 1605, la femme Jean Stolano de Chevron (un Espagnol sans doute), mise 3 fois à la torture, a tellement persisté dans ses dénégations que la Cour la mit hors cause. (Il en fut de même pour Marie, femme d'Albert Couturier d'Qufny qui, livrée trois fois à la torture, persista dans ses dénégations La Cour décida de l'épargner jusqu'à autres instructions ou nouvelles accusations - 23 mai 16l5).