Walthère JAMAR "Chevron dans le passé"
Nous venons de relater qu'en Août 1607, Anne, femme Dieudonné des Forges, avait été livrée 3 fois à la torture et que malgré ses souffrances elle avait persisté dans ses dénégations.
Au cours de l'instruction, elle se trouvait emprisonnée dans les sous sols de la ferme dépendant de la maison forte, où habitait alors le mayeur héréditaire Remacle de Noirfalize, et il est à croire que c'est là qu'elle fut livrée à la torture.
Or son mari, Dieudonné des Forges, parvint à s'introduire dans la cour de la ferme et tenta de forcer la porte de la prison pour délivrer sa malheureuse femme. Cette porte était solide et résista à ses efforts. Alors, désespéré, il se mit à crier : « mon amour, mon amour, ma branchette, tiens bon, je t'aiderai de tous mes moyens ! »
Sa femme, entendant la voix de son mari, lui cria du fond de sa prison. Dieudonné, va chercher Rahir. Attiré par ces cris, le mayeur de Noirfalize sortit de sa maison et vit cet homme faisant des efforts désespérés pour forcer l'huis de la prison. Il courut à lui et lui demanda ce qu'il venait faire chez lui.
Le malheureux mari se retourna, et prenant le mayeur par le bras lui cria : ma femme est innocente, elle n'a rien fait, que voulez-vous faire d'elle ? Est-il Dieu possible de tuer ainsi les gens ! Vous êtes tous des moudreux, des assassins !
Le mayeur le poussa hors de la cour et Dieudonné s'éloigna en criant : vengeance, vengeance ! Il s'abaissa vers le sol pour prendre une pierre mais se releva sans exécuter son geste de menace.
Du récit de cet incident dramatique, aucun détail n'est inventé, je les trouve relatés dans la déposition des témoins qui furent entendus le lendemain, 14 Août 1607, dans l'enquête prescrite, par la Cour concernant cette affaire.
Ces témoins furent : Remacle de Noirfalize, le mayeur héréditaire, Louis le maréchal, eschevin de la Cour, Toussaint, sergent de la Cour et le Baron Christophe Rahier, habitant près de la maison forte, celui que la malheureuse femme avait invité son mari à aller chercher pour lui porter secours.
Il faut croire qu'il avait une âme compatissante et qu'il était réputé adversaire des horribles exécutions dont il était trop souvent témoin. Il déclara dans sa déposition avoir vu Dieudonné des Forges à la porte du mayeur criant à haute voix : vengeance, vengeance, et faisant le geste de se pencher pour ramasser une pierre, mais qu'il n'avait pas vu grand chose de la scène à cause d'un « paufice » (palissade) qui lui cachait la vue.
Le procès-verbal est signé par Remacle de Noirfalize et le greffier Jean d'Orléans. Le dossier des archives est muet sur la suite qui fut donnée à cette affaire.
Nous avons dit qu’en l'an 1605 une femme de Chevron, Anne, épouse Jean Stolano, accusée de sorcellerie et livrée trois fois à la torture, persista dans ses dénégations.
La Cour de justice de Chevron dut se résigner à prononcer sa libération. Peu de temps après, plusieurs hommes et femmes de Chevron, exécutés pour crime de sorcellerie, dénoncèrent, au cours des interrogatoires arrachés par la torture, cette malheureuse Anne Stolano comme sorcière, déclarant l'avoir vue aux danses et assemblées nocturnes.
Se basant sur ces dénonciations, la Cour de Chevron décréta qu'elle serait arrêtée et livrée de nouveau à la torture.
Cette fois elle ne résista pas à la souffrance et reconnut d'être sorcière, d'avoir assisté aux danses et de s'être livrée avec d'autres femmes, qu'elle dénonça, à tous les méfaits imputés aux sorcières, demandant à Dieu et à la Vierge Marie, mercy (pardon).
Ensuite de ses aveux, la Cour la condamna suivant la formule habituelle, à « estre estranglée » à une potence et son corps réduit en cendres.
Nous savons que toujours l'exécution suivait de près le prononcé de la sentence. Or celle-ci fut prononcée un samedi et le texte du procès-verbal dressé par le greffier porte ce qui suit : « Le lendemain qui était un dimanche que l'on ne pouvait faire justice ni exécuter, la dite Anne, par cautelle du Diable, s'évanouit hors de prison, au dessus des gardes, comme la Cour pense et présuppose. »
A la suite de cette évasion, la Cour de Chevron donna ordres à tous Seigneurs Gouverneurs et Châtelains d'arrêter la sorcière fugitive où elle se puisse retrouver et de la livrer aux mains du sergent de la Cour. Les archives ne parlent pas de son arrestation qui aurait été suivie d'exécution.
Pour
se mettre à
l'abri des poursuites, elle ne devait pas aller bien loin, car en se sauvant
vers les Pixheux, à une demi heure de Chevron, elle sortait du territoire
de la Principauté de Stavelot pour entrer dans le Luxembourg.