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Sage-femme en milieu
rural en 1928,
à l'âge de 20 ans...
Ma maman raconte...
Le
31 octobre 1993, ma maman, nous
quitte pour toujours.
Elle fut une des premières accoucheuses de la
région d'Ernonheid.
Quelques semaines avant sa mort, à l'invitation
de deux jeunes du village,
Melle Stéphanie Dewère et son fiancé M. Michael
Hocque, elle lègue le témoignage oral d'une
vie passionnante à bien des égards.
Ses propos seront recueillis sur cassette
audio et dactylographiés par
Mme Hocque, la maman de Michael.
Monsieur. Paul Licot, enseignant retraité, a
rassemblé témoignages, documents historiques
et photographies pour réaliser une petite brochure
de 16 pages à diffusion locale et familiale.
J'ai
été personnellement très touché par cette
initiative que j'ai découverte bien après
la parution de la brochure. Je tiens à en
remercier les auteurs et à les féliciter.
Il est bien dommage que de telles démarches
n'aient pas été plus fréquentes.
Il me tient à cœur d'en reproduire des extraits
sur ce site, car en plus de leur connotation
personnelle et sentimentale, ils constituent,
me semble-t-il, un reflet de la vie dans mon
village et sa région à une époque pas tellement
lointaine, mais qui peut paraître à des siècles
de la nôtre pour les jeunes d'aujourd'hui.
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L'ECOLE
PRIMAIRE
Quand
j'étais à l'école communale, il y avait 45 élèves
dont 8 de Werbomont. Les familles nombreuses n'étaient
pas rares. Ainsi, chez les "Lambotte", les grands-parents
de Joseph, il y avait 8 ou 9 enfants. A Houssonloge,
on notait une famille de 10 frères et soeurs. A la
maison, nous étions 6. J'ai fait 7 années d'études
primaires. J'avais facile d'apprendre. Bonne élève,
j'aimais étudier. A cette époque, on allait à l'école
le samedi et on avait congé le mercredi après-midi.
Notre
instituteur qui habitait Werbomont, venait à l'école
dans une charrette tirée par un âne. Il avait un grand
défaut : il nous frappait avec des "baguettes" sur
les jambes ou sur les doigts.
Un jour, mon frère Marcel arrive un peu en retard
à l'école. Voilà que l'instituteur lui tape dessus.
J'étais tellement vexée qu'avec mon frère, nous sommes
rentrés à la maison. Hélas, maman nous a renvoyés
aussitôt en classe.
Il
faut dire que les écoliers d'alors n'étaient pas très
obéissants. D'autant que parmi eux, se trouvaient
des analphabètes dont les parents, eux-mêmes illettrés,
ne pouvaient les aider dans leurs devoirs.
SOUVENIRS
DE JEUNESSE
Les
grandes vacances duraient un mois. Pendant la saison
des myrtilles, les enfants allaient à la cueillette
pour ramener quelques sous dans les familles. Ils
quittaient l'école parfois durant 3 semaines.
A la fenaison, les plus grands aidaient leurs parents
à faner. J'ai suivi le catéchisme pendant trois ans,
à 7 heures du matin dans l'église. On y apprenait
la vie du Christ, mais aussi la nature, la géographie
et même l'orthographe. Le curé qui avait fait des
études de pharmacien nous confiait un peu de son savoir.
Grâce à lui, maman fut sauvée d'une pneumonie.
Avec notre curé, nous avons fait le pèlerinage aux
grottes de Trou de Bra, aller et retour à pied : une
belle promenade.
Comme cela était d'usage à cette époque, j'ai fait
ma communion solennelle deux fois.
Les
"sorties", c'était le café du village et les guinguettes.
Quand il y avait un bal, on payait 10 centimes la
danse (c'était l'époque de la valse et de la polka).Qui
ne payait pas, ne dansait pas.
Je faisais des concours de valse ; je dansais sur
les tables ou dans des rondes qu'on ne pouvait franchir.
On sortait rarement (Noël, Pâques et la fête au village),
mais alors, c'était de vrais évènements. Les trajets
se faisaient à pied et on chaussait de vieux souliers
pour la marche et l'on emportait une autre paire pour
la danse. Bien souvent, on rentrait sans pouvoir enfiler
ses vieux souliers tant les pieds faisaient mal !
Quand j'étais gamine, il y avait trois magasins à
Ernonheid ; on y trouvait de tout, de vrais bric-à-brac.
On rencontrait beaucoup de marchands ambulants qui
proposaient tissus et vêtements.
On vendait "la goutte" dans les cafés, mais aussi
chez les particuliers. Il y avait tant de problèmes
dus à l'alcoolisme que le ministre Vandervelde promulgua
une loi qui porte son nom. D'après cette loi, on ne
pouvait plus vendre "la goutte" et l'alcool ne s'achetait
que par deux litres à la fois. La dépense étant trop
coûteuse, on pensait avoir ainsi trouvé une solution
à ce grave problème. Ainsi, près de chez nous, à la
carrière de Sprimont, en plus des accidents provoqués
par la boisson, les ouvriers buvaient leur salaire
de la semaine avant de rentrer à la maison.
Les
loisirs, c'était jouer aux cartes presque chaque soirée.
Sans éclairage électrique, il était difficile de faire
autre chose à la lueur des quinquets. C'était l'occasion
de se retrouver en famille ou avec des voisins. On
vivait plus solidaires et moins renfermés que maintenant.
LES
ETUDES
Après l'école primaire,
l'institutrice avait conseillé à maman de me faire
poursuivre des études. Mais on n'avait pas les moyens
pour cela, pas d'allocations familiales, ni de mutuelle.
De plus, un de mes frères était impotent. L'institutrice
nous parla de la possibilité d'obtenir une bourse
d'études. Je passai donc un examen, le réussis et
obtins la dite bourse.
Comme
j'avais fait ma septième année primaire, j'ai pu passer
directement en deuxième secondaire. Je fus inscrite
au pensionnat. Pour m'y rendre, il fallait prendre
le tram vicinal à Grand-Trixhe pour Comblain-la-Tour
à 5 heures moins le quart du matin. Parfois, papa
m'accompagnait jusque Aywaille pour y prendre le tram
de 6h30. Je rentrais tous les trois mois à la maison.
Ma
maman à la fin de ses études à la maternité de l'hôpital
de Bavière.
Si quelqu'un peut reconnaître l'une des accoucheuses
figurant sur cette photo, je serais heureux qu'elle
se fasse connaître
J'ai
eu mon brevet d'études inférieures à 15 ans. Ensuite,
j'ai passé des examens pour entamer les études d'infirmières
en maternité. Hélas, je n'avais pas les 18 ans requis.
De 15 à 18 ans, j'ai pratiqué, de-ci de-là, quelques
petits métiers, dont la couture, le secrétariat et
la garde d'enfants à Werbomont.
A 20 ans, j'obtiens mon diplôme d'accoucheuse.
ACCOUCHEUSE
EN 1928
Quand j'ai débuté,
je me déplaçais en bicyclette. On m'appelait auprès
des parturientes aussi bien le jour que la nuit, et
cela à pied, en vélo et même en charrette tirée par
un cheval ou un âne. Plus tard, je fis l'acquisition
d'une petite voiture.
J'emportais tout mon
matériel, à savoir un injecteur, certains médicaments,
de l'ouate, du désinfectant et quelques accessoires.
C'était vraiment moyen-âgeux en ce temps-là.
Mon premier accouchement, je l'ai pratiqué chez Julia
Geubel épouse Rixhon à Ernonheid : un quatrième enfant.
Heureusement, tout s'est déroulé sans problèmes. En
effet, à l'époque, le décès de femmes en couches n'était,
hélas, pas rare. Beaucoup de femmes acceptaient l'aide
d'une accoucheuse alors que d'autres, vraies matrones,
refusaient toute aide médicale.
Comme
je n'avais pas encore 21 ans, mes débuts n'ont pas
été faciles. Si un problème survenait, il fallait
l'intervention d'un médecin et il n'y avait qu'un
téléphone au village, c'était chez moi. Un autre appareil
se trouvait au Faweux, chez Joackim. Il fallait courir
auprès du téléphone, puis attendre patiemment l'arrivée
du médecin. Quand, enfin, il arrivait, le travail
était parfois terminé. Plus rarement, il se perdait
en route dans les petits chemins ou les bois environnants,
de nuit et par tous les temps.
Sur mon vélo, je suis allée jusqu'à Xhoris, Stoumont,
Havelange, à pied en hiver, parfois dans une charrette
quand on venait me chercher, par exemple depuis Lorcé.
Il n'y avait ni chasse-neige, ni service d'épandage
comme aujourd'hui. Le médecin appelé en renfort, venait
aussi parfois à pied et même de bien loin.
Sont
intervenus pour des accouchements plus difficiles,
les médecins suivants : Amand - Bonhomme - Malherbe
- Septroux - Simon - Thiry
Un jour, à Havelange,
j'assiste une femme dans son travail. Sa maison se
trouvait assez en recul dans les bois. J'étais jeune
et j'avais un peu la frousse aussi. L'accouchement
se présente mal, on appelle le médecin au plus vite.
Entre-temps, l'accouchement se produit et le médecin
n'est toujours pas arrivé. Il fait nuit et je décide
de rentrer. Seule, en pleine nuit, en vélo et par
les bois, tout cela ne m'enchante guère. Je demande
donc à être reconduite. Et en chemin, dans les bois,
nous entendons crier : c'est le médecin qui s'était
égaré. De plus, sa voiture était embourbée. Il était
tout heureux qu'on le retrouve et qu'on lui vienne
en aide. Apprendre que l'accouchement s'était finalement
bien déroulé, l'a beaucoup soulagé.
Certaines
gens ne voulaient pas voir le médecin, d'autres me
trouvaient trop jeune pour le métier.
J'ai
eu ma première voiture en 1932, c'était une petite
Fiat. Elle était partiellement en bois et recouverte
de toile dedans comme dehors. Elle ne possédait ni
chauffage, ni dégivrage. Il fallait aider les essuie-glaces
; parfois aussi recoudre les toiles. Pour indiquer
un changement de direction, il fallait "mettre la
flèche". Il s'agissait de relever une flèche située
à l'extérieur et de chaque côté de la voiture.
Ensuite,
j'ai racheté une petite Ford 7 CV pour 29.000 francs
! C'était cher. L'essence coûtait 2 francs le litre.
Malheureusement, quand la guerre 40-45 est arrivée,
les Allemands me l'ont confisquée.
Un
jour, je reviens d'un accouchement à Grandmenil (Manhay).
Ce n'était pas le premier de la journée et j'étais
exténuée. Je m'arrête sur la ligne du tram qui passe
par là et m'endors au volant. Un homme me réveille
en disant : "voilà l'accoucheuse qui est saoule" ;
il pensait que j'avais bu "la goutte" sans imaginer
la fatigue qui m'assommait.
Un
concours de circonstances :
Un
jour, je pratique un accouchement dans la vallée de
la Lienne ; il n'y a qu'une chambre à coucher à l'étage
et une pièce au rez-de-chaussée. Un gamin de 7 ans
qui ne veut pas rester seul en bas, monte dans la
chambre, s'assoupit pendant le travail de la future
mère et finit par s'endormir. Le père ouvre un grand
parapluie devant l'enfant pour lui masquer l'accouchement
si nécessaire. Là-dessus, je demande à ce monsieur
de tenir le quinquet (la maison n'a pas encore l'électricité).
A un moment donné, le père s'évanouit, le quinquet
tombe et je n'y vois plus rien. Je me retrouve seule
dans le noir avec : une femme qui accouche, un enfant
qui dort près d'elle et un mari dans les pommes ...!
Une
histoire de chat
:
Je
me suis rendue auprès de gens très pauvres qui vivaient
dans un wagon de chemin de fer ! La famille accueillait
un nouveau-né braillant et criant. La chatte qui avait
des jeunes, s'effraie, me saute dessus et me griffe.
Le médecin appelé pour l'accouchement me soigne en
riant de ma mésaventure. Ne voilà-t-il pas que la
chatte lui saute sur la tête ! Le lendemain, c'est
la chèvre qui fait irruption dans le wagon, renverse
tout sur son passage, le pot de chambre y compris,
puis se sauve par la fenêtre...
Dans les années trente, on rencontrait nombre de gens
vivant de peu de moyens ; certains ne possédaient
rien du tout, même pas un essuie propre, bien utile
dans ma profession. Que dire de l'eau bouillie, indispensable
aux soins ? L'eau courante est apparue dans nos villages
vers 1965. Auparavant, il fallait remonter l'eau des
puits pour lesquels certains avaient une pompe. Pour
nettoyer, on puisait l'eau des citernes.
Parfois, on ne trouvait chez les gens ni bouilloire,
ni casserole convenable pour bouillir l'eau. Que d'infections
et de misères causées par une hygiène mal connue.
A l'époque, les jeunes mamans devaient rester au lit
pendant 9 jours et de plus, il fallait les porter
les 3 premiers jours. Quand il s'agissait d'une patiente
de 90 kg, imaginez la situation.
Certains mois, je pratiquais jusqu'à 6 ou 7 accouchements.
Ajoutons-y les trajets et les soins à domicile pendant
9 jours, on comprendra que le métier n'était pas de
tout repos.
Dans ma région, il y avait aussi une accoucheuse à
Ferrières, une à Aywaille et une autre à Chevron.
C'est cette dernière qui m'a assistée lors de mes
accouchements. D'habitude, une accoucheuse mettait
au monde tous les enfants d'une même famille. Ainsi,
chez les Lahaye, c'est l'accoucheuse de Ferrières
qui a mis au monde les 10 enfants de la famille. J'en
ai fait de même pour les 8 enfants Lambotte de Grand-Trixhe.
Je donnais des soins autres que ceux qui suivent une
maternité. Ainsi, à Ernonheid, quand il y avait un
décès, on venait me chercher pour l'ensevelissement
du défunt. Je n'aimais pas ce travail, mais il fallait
le faire quand même.
Je faisais beaucoup de piqûres ; je plaçais des ventouses
ou même des sangsues pour aspirer le sang des patients
qui en avaient trop ; parfois, une saignée s'imposait.
A cette époque, on ne connaissait pas les antibiotiques.
Or le risque d'infection chez les femmes accouchées
étant élevé, on rencontrait des situations graves
conduisant à une issue très malheureuse.
Un autre problème préoccupant était celui des hémorragies
chez les parturientes. En effet, les transfusions
sanguines se pratiquaient directement d'une personne
à une autre, avec les risques graves que cela pouvait
engendrer. De nos jours, chacun sait le nombre toujours
croissant d'analyses et de précautions que l'on doit
prendre dans la manipulation du sang, depuis le donneur
jusqu'au receveur.
C'est seulement à la fin de ma carrière que l'on conduisait
la parturiente à l'hôpital de Bavière pour y subir
une transfusion sanguine dans de meilleures conditions.
Notons aussi qu'à cette époque, on ne disposait pas
comme maintenant de techniques permettant le dépistage
et le traitement des maladies congénitales, héréditaires
ou néonatales. Cette méconnaissance scientifique a
provoqué de grands malheurs dans certaines familles.
De ce qui précède, on conclura : au point de vue santé,
seuls les plus forts échappaient à la maladie. Sans
médicament efficace, le gros rhume devenait bronchite
ou pneumonie.
On disait toujours après un accouchement : si le neuvième
jour, tu vis toujours, tu t'en sors ! C'était une
forme de sélection naturelle...
Note
personnelle
: Lors de cette narration, ma maman a occulté les
grandes frayeurs qu'elle a connues pendant la guerre,
après la confiscation de sa voiture, et qu'elle
a de nouveau dû enfourcher son vélo pour se rendre
auprès de ses parturientes. Elle nous a pourtant
maintes fois raconté ces randonnées nocturnes, la
peur au ventre et ses rencontres avec des soldats
allemands. J'ai fait la même remarque à propos de
sa relation de la nuit d'épouvante du 17 août 1914.
De même, elle fait l'impasse totale sur son exode
en France à la déclaration de guerre. Enfants, nous
en avons pourtant eu des récits interminables de
cette épopée qui fut une vraie expédition. S'agit-il
d'une occultation volontaire ou d'une mémoire qui
est devenue sélective à l'approche de la fin de
sa vie ? Elle seule aurait pu nous le dire...
Quelques
témoignages à propos de la carrière de ma maman
Un
tableau reprenant des notes relatives aux premiers
accouchements effectués par maman est accessible en
cliquant ici.
...
pour choisir entre elles une sage-femme..
L'apparition
des premières sage-femmes diplômées
fut fort variable selon les pays et plus encore,
selon que la femme accouchait en ville ou en milieu
rural.
En
France, une sage-femme des Lumières, Madame
de Coudray, scandalisée par l'ignorance
de ses consoeurs, rédige un traité complet
sur l'art de mettre au monde. De 1759 à 1783,
elle entreprend un véritable tour de France
et, à l'aide d'un mannequin, s'en va enseigner
des aspirantes accoucheuses.
Mais
très longtemps encore dans nos campagnes,
la délivrance de nos aïeules et la mise
au monde de nos ancêtres demeura la domaine
de la "matrone".
Cette
matrone était élue par une assemblée des femmes
de la paroisse ou de la chapellenie. Elle devait être âgée
de 50 ans au moins, et ses interventions devaient être
gratuites .
L’accoucheuse
de village était prise en charge par le clergé paroissial
qui était charger de surveiller ses moeurs,
bien davantage que ses connaissances obstétriques.
Le curé doit s'assurer qu'elle est assez bonne
chrétienne pour ne pas monnayer son savoir à des
fins abortives. Mais sa compétence professionnelle
est laissée au hasard.
Elle
doit être de bonne moralité, accourir
au premier appel, donc être disponible. Elle
doit être mariée, (ou veuve), et avoir été mère.
En
outre, le curé exige qu'elle connaisse les
formules du baptême pour ondoyer en cas d'urgence
: elle prête serment en présence des
femmes réunies à l'église.
Dans
son ouvrage " Lorcé - Histoire d'une
communauté rurale ", Pierre Israel
nous rapporte le serment prononcé, le 20
mai 1788 au matin, dans l'église de Lorcé, par
Anne-Marie Copay de Chession que les Lorcéennes
viennent de désigner unanimement comme sage-femme
de la communauté.
Je
promets à Dieu tout-puissant et à toi, sire
qui est mon curé, de toujours vivre et mourir
dans la foi catholique et romaine ; de m'acquitter,
avec la plus grande fidélité et diligence possibles
de /a charge que je reçois ; d'assister dans
leurs couches les femmes, riches ou pauvres,
de jour et de nuit ; d’œuvrer de toutes mes
forces, afin qu'aucun accident malheureux n'arrive,
ni à la mère, ni à l'enfant et, au cas où je
remarquerais un danger quelconque, d'appeler
des médecins, des chirurgiens ou des femmes
expérimentées en la matière, et de ne rien
faire sans leur aide et conseil.
Je
promets de ne pas dévoiler les secrets des
familles et des personnes chez qui j assisterai
aux accouchements ; de ne pas user de méthodes
superstitieuses, ni d'aucun illicite, tant
en paroles qu'en gestes ou autrement ; de m'efforcer,
de tout mon pouvoir, que personne d'autre n'utilise
de telles méthodes ; de ne jamais agir, ni
par vengeance, ni par mauvais esprit; de ne
permettre, ni la destruction du fœtus, ni l'accélération
de l'accouchement par des moyens anormaux et
contre nature, mais en honnête femme, en bonne
chrétienne et catholique, de prendre soin,
en toute chose et en tout bien, aussi bien
du salut du corps et de l'âme de la mère et
de l'enfant. Ainsi m'aide Dieu .
En
face d'elle, messire Bèchet, le desservant de Lorcé,
poursuit : Le jurez-vous et le promettez-vous ?
Anne-Marie répond sans hésiter : Je
le jure, sire et je le promets.
Anne-Marie
exercera sa charge pendant de longues années à la
grande satisfaction des femmes de Lorcé et même
des bans voisins
Dans
un rituel de 1782, le clergé rappelle à la sage-femme
ses obligations : ne pas user de méthodes " superstitieuses ",
ne pas provoquer la destruction du fœtus, respecter
le secret des familles et en cas de danger, recourir
au médecin ou au chirurgien. Dans son rituel de 1782,
le clergé rappelle à la sage-femme ses obligations
: ne pas user de méthodes " superstitieuses ",
ne pas provoquer la destruction du fœtus, respecter
le secret des familles et en cas de danger, recourir
au médecin ou au chirurgien.

Origine
du mot "sage-femme"
Le
nom de celle qui accompagne la femme en couches
a beaucoup changé au fil des siècles, il reflète
l'évolution historique et culturelle de notre pays.
Appelée accoucheuse en Gaule, elle partage avec
druides et druidesses des fonctions religieuses.
Matrone puis médica dans le Haut Moyen Age,
elle est protectrice du village et dispensatrice
de vie.
Au XIème et XIIème siècles, apparaît l'expression
naturiste de ventrière, de ventrée, ce qui remplit
le ventre.
Au XIIème siècle apparaît le mot saige, saive puis
sage signifiant savante, avisée, futée, du latin
sapere traduisant intelligence, jugement, bon sens,
prudence, science, savoir en général.
C'est sous l'appellation "sage-femme", qu'aujourd'hui
encore elle exerce son art, malgré une velléité
récente de changement de dénomination lors de l'arrivée
des hommes dans la profession, application des dispositions
du Traité de Rome.
Le nom de sage-femme appliqué aux hommes prêtant
à sourire, différents autres termes ont été évoqués
: parturologue, maïeuticien ..., en référence à
l'esprit de sagesse de Socrate qui, pour honorer
sa mère, sage-femme, (maïa) compare sa philosophie
à l'art obstétrical, la maïeutique.
En Alsace, au Moyen Age, ce sont des matrones qui
fournissent aux parturientes des soins à caractère
très primitif, entourés de rites magico-religieux.
Dans les campagnes, ce rôle est dévolu aux vieilles
femmes, parfois à la grand-mère de l'accouchée.
En dialecte, la sage-femme est appelée Hewamm de
l'allemand Hebamme (la mère qui relève l'enfant)
terme dérivant de l'ancien allemand Heviana et Hevanna
(heben = tenir et ana = grand-mère). ...
Un
peu d’histoire de l’obstétrique
On
considère Soranus d’Éphèse (IIe s.
de notre ère) comme le père de l’obstétrique.
Il démontra, en effet, que le fœtus est
propulsé, non par ses efforts propres, mais
par les contractions de l’utérus, et inventa
la « version podalique » qui consiste à
saisir l’enfant par les pieds pour le retourner
avant de l’extraire.
La
version resta, pendant dix-sept siècles,
la principale opération obstétricale car,
si les anciens disposaient de nombreux instruments,
presque tous étaient de maniement difficile
et dangereux.
À
la fin du XVIe siècle, Peter Chamberlen
inventa une pince (en anglais forceps
) capable de saisir la tête: l’idée de génie
était qu’elle fût démontable. Les branches,
introduites séparément, étaient ensuite
solidarisées par un lien. Le forceps de
Chamberlen était une pince droite, sans
entablure, d’application malcommode. Il
fut doté d’une courbure adaptée au bassin
féminin, d’une articulation solide, de moyens
de traction efficaces, et considérablement
allégé, par William Smellie (Édimbourg)
et André Levret (Lyon), qui firent construire,
vers 1750, des instruments si parfaits qu’ils
peuvent encore être utilisés, le cas échéant,
en clinique obstétricale.
La
césarienne post-mortem était pratiquée
à Rome et continua de l’être sporadiquement
dans l’Occident chrétien. En 1500, le succès
de Jacob Nufer sur sa propre femme, bien
vivante, mit l’opération à la mode. Le premier
traité sur la césarienne (F. Rousset)
parut en 1581, mais la mortalité opératoire
resta inacceptable pendant trois siècles,
et même après la découverte de l’asepsie.
Ce n’est qu’en 1907 que fut mise au point
en Pologne, par Laszkö, une technique nouvelle
qui évite la contamination du péritoine
et l’infection mortelle.
La
péritonite, en effet, a longtemps été
le risque principal de l’accouchement, même
normal. Elle devint un fléau après 1830:
les épidémies de fièvre puerpérale décimèrent
les maternités des grandes villes. La croisade
menée par Ignace Semmelweis (Pest), et surtout
les trente années de lutte patiente conduite
par Stéphane Tarnier de 1858 à 1888, parvinrent
à imposer la propreté et l’usage des antiseptiques
dans les maternités.
L’analyse des variations du rythme cardiaque
fœtal permit à Depaul, dès 1840, de tirer
des conclusions que l’enregistrement électronique
(Caldeyro-Barcia, Montevideo, 1968) a confirmées
et affinées. Enfin, la mesure de l’acidité
du sang du fœtus (Saling, Berlin, 1969),
donne un moyen nouveau d’apprécier l’état
de l’enfant au cours du travail de l’accouchement.
Nombreux
sont ceux et celles qui ont formé
des générations de praticiens: Ambroise
Paré et son gendre Jacques Guillemeau au
XVIe siècle, François Mauriceau au
XVIIe, Jean-Louis Baudelocque à la fin du
XVIIIe, Stéphane Tarnier à la fin du XIXe.
Les traités de Louise Bourgeois (XVIIe
s.), de Madame Du Coudray (XVIIIe), de Madame
Lachapelle, première directrice de l’École
de sages-femmes de Paris, ceux de Madame
Boivin et de Marie Dugès (début du XIXe
s.) perpétuent l’enseignement d’une lignée
de sages-femmes prestigieuses.
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