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autorisation des auteurs
A la devinette "Quelle est la plus vieille
profession du monde?", la réponse devrait être presque certainement la sage-femmerie.
En procurant confort, soins et sécurité pour les autres femmes durant le processus
naturel de la grossesse et de l'accouchement, les "femmes sages" connues comme
sages-femmes ont été une partie intégrale des soins de santé destinés aux
femmes depuis le début de l'histoire documentée. Aujourd'hui, les soins des
sages-femmes existent encore à la base des services en maternité dans presque
tous les pays du monde, avec 75 % des naissances en Europe de l'Ouest qui
sont assistés par des sages-femmes.
Plusieurs pays ont des politiques de soins de santé en accord avec l'énoncé
de l'OMS disant que "le curriculum pour l'éducation de tous les professionnels
de la santé devrait refléter le rôle de la sage-femme comme donneuse de soins
de première ligne ".
En vérité, les soins périnataux aux États-Unis sont en contraste absolu avec
le reste du monde, avec 5 % ou moins de toutes les naissances assistées par
des sages-femmes, et quand c'est le cas, la sage-femme est ordinairement sous
la supervision étroite d'un médecin en centre hospitalier. De puissants groupes
de lobby, comme l'Association Médicale Américaine (AMA) et le Collège Américain
des Obstétriciens Gynécologues (ACOG) affirment fréquemment que les femmes
préfèrent des obstétriciens parce qu'ils obtiennent de meilleurs résultats
pour la santé maternelle et infantile que les sages-femmes pratiquant dans
les hôpitaux américains ou à l'extérieur, comme en centre de naissances ou
à domicile.
En fait, cependant, l'ensemble des statistiques américaines concernant la
santé maternelle et infantile sont loin d'être si réjouissantes avec le 21e
rang mondial pour les plus bas taux de mortalité infantile, loin derrière
plusieurs pays industrialisés utilisant le modèle de soins des sages-femmes.
Selon L'Alliance des Sages-Femmes de l'Amérique du Nord (MANA), dans les cinq
pays avec le plus bas taux de mortalité infantile et le plus bas taux d'interventions
technologiques, les sages-femmes assistent 70 % de toutes les naissances sans
la présence d'un médecin dans la salle de naissance.
D'ailleurs, plusieurs études récentes démontrent la sécurité et l'efficacité
des soins des sages-femmes, ici aux États-Unis : dans une étude réalisée en
1994 et publiée dans le journal médical BIRTH, 6944 accouchements assistés
de sages-femmes et prévus hors centre hospitalier ont été examinés à la loupe
par des chercheurs, et les résultats ont été comparables ou meilleurs que
ceux obtenus par des médecins à l'hôpital. Cependant, aucune étude n'a jamais
révélé des résultats de santé supérieurs pour des femmes avec des grossesses
normales qui reçoivent les soins d'un obstétricien plutôt que d'une sage-femme.
D'autres recherches ont démontré des taux d'intervention significativement
plus bas, comme les césariennes, les épisiotomies, ainsi que des taux de satisfaction
plus élevés parmi les femmes qui ont reçu les soins d'une sage-femme. Comme
le dit un récent article dans le magazine américain Baby Talk, l'infirmière
sage-femme (certified nurse midwife ou CNM) obtient un taux de césariennes
de 12 % comparativement au taux national de 21 %.
Une différence encore plus étonnante a été découverte dans une étude recensée
en 1992 dans le American Journal of Public Health où plus de 1000 accouchements
planifiés à domicile et assistées par des sages-femmes traditionnelles (lay
midwives ou direct-entry midwives, DEM) ont été comparés avec environ 14000
accouchements à l'hôpital, avec une concordance statistique.
Seulement 2.11 % des femmes qui ont donné naissance à domicile ont subi des
interventions comme la ventouse, les forceps ou la césarienne, contre 26.6
% de celles qui ont accouché à l'hôpital. Finalement, comme un suivi typique
sage-femme avec les soins pré-per et post nataux coûte moins cher qu'un suivi
à l'hôpital, Frank Osti, docteur en médecine et directeur du service de pédiatrie
à l'école de médecine de l'université John Hopkins, a estimé que les Etats-Unis
pourraient économiser plus de 10 millions de dollars chaque année en utilisant
les sages-femmes comme donneuses de soins de première ligne durant la grossesse
et l'accouchement.
Mais qu'est-ce qui se passe ici? Pourquoi n'y a-t-il pas plus de femmes dans
ce pays qui profitent des avantages des soins de santé offerts par les sages-femmes
pour la grossesse et l'accouchement? La réponse est peut-être inhérente à
l'establishment médical américain, à la persécution et au contrôle qui ont
historiquement été exercés sur la profession de sage-femme.
Les femmes américaines font des millions de visites chaque année chez les
obstétriciens, et l'accouchement typique en centre hospitalier coûte maintenant
plus de 8000 $. La naissance est une grande industrie. Chaque fois qu'une
femme décide de choisir une sage-femme pour sa grossesse et son accouchement,
un médecin et peut-être un hôpital ont perdu un consommateur potentiel.
Pau Lewis, sage-femme et directeur du département sage-femme à l'Université
de Bournemouth en Angleterre, dit que les sages-femmes internationales sont
interpellées par le traitement que font les Américains de la sage-femmerie.
"La domination des soins de maternité américains par une puissante profession
médicale n'a rien à voir avec le meilleur intérêt des bébés et des mères,
et beaucoup plus à faire avec l'intérêt personnel et le gain pécunier de la
profession médicale."
"Nous le voyons clairement dans les piètres résultats relatifs à la naissance
dans votre pays lorsqu'ils sont comparés à d'autres pays avec une situation
économique similaire ou parfois même plus pauvre. L'OMS a établi avec des
termes sans ambiguïté que dans les sociétés où les sages-femmes sont employées
pour assister des femmes qui donnent naissance, les résultats sont, dans presque
tous les cas, meilleurs que dans les sociétés où seuls des médecins sont impliqués."
En 1847, quand l'association médicale américaine (AMA) fut fondée, virtuellement
tous les bébés américains étaient encore accueillis par des sages-femmes.
Le nombre de naissances assistées par des sages-femmes est demeuré élevé aux
États-Unis presque jusqu'à la fin du 19e siècle, quand les médecins ont commencé
à décrier le manque de "matériel éducatif" convenable sous la forme de femmes
enceintes sur lesquelles les chirurgiens obstétricaux pouvaient pratiquer
leurs techniques.
Selon l'infirmière sage-femme et auteure Faith Gibson, l'establishment médical
américain commença, entre les années 1910 et 1920, une campagne organisée
contre les sages-femmes qui se poursuit encore aujourd'hui, au même moment
où les femmes n'avaient pas encore le droit de vote. Gibson, dans son traité
"Le plan médical officiel pour l'élimination des sages-femmes entre 1910 et
1930", rappelle les propos d'un médecin en 1911 : "Le matériel éducatif à
New-York est taxé à l'excès. Les 50000 cas assistés par des sages-femmes ne
sont pas disponibles pour cet usage. Est-ce que cette abondance de matériel
éducatif ne pourrait-elle pas être graduellement disponible pour entraîner
les médecins?"
En plus de ces préoccupations concernant le "gaspillage de matériel clinique"
au profit des sages-femmes, les médecins américains calculaient combien d'argent
ils pourraient faire si les sages-femmes étaient exclues de l'industrie de
la naissance.
Cet effort d'élimination des sages-femmes du système de santé des États-Unis
n'est pas unique dans un contexte historique global.
Durant les infâmes chasses aux sorcières européennes
au Moyen-Âge, les sages-femmes et autres guérisseuses étaient les cibles de
persécutions humaines primaires. En 1484, le pape Innocent VIII formulait
une déclaration officielle contre le crime de sorcellerie, codifié dans un
volume nommé le Malleus Malleficarium. Ce livre devint extrêmement influent
et fut utilisé par les juges et magistrats européens pendant plus de 300 ans.
Des femmes de toutes classes sociales furent jugées et exécutées comme il
était prescrit par ce livre, mais les sages-femmes furent déclarées être les
plus dangereuses criminelles existantes.
Le Malleus Maleficarium dit :
"Les sages-femmes causent le plus grand dommage. Ainsi, elles tuent les enfants
ou les offrent de manière sacrilège aux démons.... La plus grande blessure
à la foi est commise par les sages-femmes et cela est clairement mis en lumière
par elles-mêmes dans les confessions qu'elles ont faites avant d'être brûlées."
John Robbins note dans son livre Reclaiming our health (revendiquons notre
santé) chez HJ Kramer, Tiburon 1996., qu'à cette époque, dans plusieurs villages
d'Europe, toutes les femelles furent assassinées, incluant les enfants et
les femmes âgées. Un autre érudit médiéval a estimé que plus d'un million
de sages-femmes et de guérisseurs ont été torturés et assassinés durant cette
période. Les chasseurs de sorcières étaient clairs dans leurs convictions
que la capacité des sages-femmes de soulager la souffrance des autres était
le crime réel. Un de ceux-ci écrit :
"Par sorcières, nous incluons non seulement celles qui tuent et tourmentent,
mais toutes les femmes sages qui guérissent, sauvent et délivrent."
Les chasseurs de sorcières du Moyen-Age se réfèrent aux sages-femmes en tant
que vieilles biques, sorcières et salement dégoûtantes.
Ce n'est probablement pas par coïncidence que les médecins américains du 19e
et 20e siècle ont souvent utilisé les mêmes termes lorsqu'ils parlaient des
sages-femmes de notre continent. Les commentaires faits par de nombreux médecins
au début de ce siècle incluaient :
"[elle est] pestiférée... la sage-femme typiquement vieille, maniant le gin
et le buvant avidement... sa bouche est pleine de tabac à priser et ses mains
pleines de crasse. "
et :
"La sage-femme est une relique du barbarisme. Dans les pays civilisés, la
sage-femme est mauvaise et sera toujours mauvaise."
En dépit de leur propre histoire de persécution et de harcèlement, les sages-femmes
européennes ont été capables de faire un retour dans les siècles suivant la
chasse aux sorcières. La Renaissance, et plus tard les investigations scientifiques,
démontreront aux politiciens que les résultats pour la santé des femmes sont
meilleurs et les coûts plus bas quand des sages-femmes formées sont utilisées
en ligne de front dans les services de maternité. Aux États-Unis cependant,
les campagnes pour l'élimination des sages-femmes, entièrement à travers la
loi et un public informé des préjudices résultants de la maladie, ont été
largement couronnées de succès.
État par état, des efforts de lobbying ont convaincu les femmes de la classe
moyenne et élevée qu'elles devraient rencontrer un médecin mâle, et la législation
de différents états a commencé à rendre illégale ou restreindre la profession
de sage-femme.
Au début des années 1960, moins de 1 % des naissances étaient accompagnées
par des sages-femmes. Mais c'est aussi durant les années 1960 que quelques
femmes américaines se mirent à questionner la pratique des naissances promues
par l'establishment médical mâle qui dominait maintenant.
Pas tellement disposées à être attachées à des tables de métal, droguées et
semi-conscientes et "accouchées" de leurs bébés par le bistouri ou les forceps
du chirurgien-obstétricien, une minorité de femmes commencèrent à s'éduquer
elles-mêmes et à chercher le peu de sages-femmes restantes aux États-Unis
pour des soins périnataux. La demande se mit à croître, et en 1970, en dépit
du fait que la pratique des sages-femmes dans plusieurs états était illégale,
le nombre de sages-femmes augmenta, un fait que l'AMA et l'ACOG ne manquèrent
pas de remarquer. La conscience de la pratique sage-femme aux États-Unis a
grandi depuis : le collège américain des infirmières sages-femmes (American
College of Nurse Midwives) rapporte que, si seulement 5 % des naissances de
ce pays sont assistées par les sages-femmes, avec une préférence pour des
accouchements en centre hospitalier, les accouchements avec sage-femme ont
augmenté actuellement de 20000 en 1975 à presque 200000 en 1994. Il y a maintenant
approximativement 10000 sages-femmes pratiquant aux États-Unis, mais encore
beaucoup moins per capita que dans les pays de l'Ouest.
Comme cette profession fait son premier éveil après un long sommeil, la sage-femme
américaine se divise en deux écoles distinctes -- une situation en contraste
marqué avec les autres pays et que certains observateurs qualifient de stratégie
de "diviser pour régner" -- et qui est encouragée par les médecins. La plupart
des usagers ne sont pas avisés qu'il y a actuellement deux types de pratique
aux États-Unis : l'infirmière sage-femme (nurse midwife ou CNM) qui pratiquent
sous la supervision d'un médecin dans un environnement hospitalier et la sage-femme
traditionnelle (direct-entry midwife ou DEM) qui pratique principalement en
centre de naissances privé et à la maison.
Bien que les CNM accréditées par le American College of Nurse Midwives (ACNM)
soient maintenant présentes dans chacun des 50 états américains, elles sont
obligées de pratiquer sous la supervision stricte d'un médecin, souvent en
limitant leur capacité à fournir des soins périnataux significativement différents
de ceux typiquement offerts par les obstétriciens. En fait, DeAnn Williams,
directrice des services professionnels pour l'ACNM, rapporte que 94 % des
accouchements assistés par des CNM continuent à se pratiquer dans un contexte
hospitalier standard.
"Sans doute, dans ce domaine, plusieurs infirmières sages-femmes voudraient
pratiquer hors centre hospitalier, en centre privé ou à domicile. Malheureusement,
la plupart sont incapables de trouver un médecin qui veut bien oublier ce
que la loi lui demande et qui peut leur permettre ce type d'autonomie."
Il y a actuellement à l'intérieur de l'ACNM des pressions non-significatives
pour que les CNM s'établissent vraiment dans une pratique indépendante, bien
que l'ACNM ait récemment introduit un trajet éducationnel fortement controversé
pour que les non-infirmières puissent recevoir un certain type de certification
de l'ACNM. Les critiques avancent que les CNM se sont soumises elles-mêmes
à l'establishment médical en retour d'une modeste coopération des médecins
-- et faisant un saisissant pacte avec le diable pour éviter d'être éliminées
par les médecins américains. La position de l'ACOG est que l'infirmière sage-femme
donne des soins acceptables tant qu'elle travaille en concert avec un médecin
qui la supervise. Plusieurs infirmières sages-femmes travaillent aujourd'hui
à l'hôpital, à côté des médecins et des autres infirmières.
Bruce Flamm, docteur en médecine, FACOG et auteur de Birth after a ceasarean
section : the medical facts (Prentice Hall, 1990), écrit dans MIDWIFERY TODAY
:
"Les infirmières sages-femmes semblent se positionner plus vers la philosophie
des obstétriciens en assimilant de nouvelles technologies, et plusieurs se
considèrent en fait elles-mêmes comme faisant partie de l'establishment médical."
En contraste, l'autre type de sage-femme pratiquant aux États-Unis aujourd'hui
est la sage-femme traditionnelle (direct-entry midwife ou DEM). Elle a toujours
existé en tant que professionnelle distincte et indépendante des médecins.
Selon le modèle de certains pays européens, les sages-femmes traditionnelles
apprennent concrètement sans avoir de formation médicale préalable. La plupart
des DEM qui ont une certification professionnelle l'obtiennent auprès du NARM,
(North American Registry of Midwives) après avoir achevé le processus de reconnaissance
des acquis et réussi un examen rigoureux. Les DEM pratiquent indépendamment
de la supervision d'un médecin, mais lui réfèrent leurs clientes à haut risque
pour des soins médicaux appropriés. Les partisans du modèle traditionnel ne
considèrent pas nécessairement la formation médicale comme essentielle pour
la sécurité ou la qualité des soins périnataux. Une infirmière sage-femme
citée dans Reclaiming our health dit que l'art de l'infirmerie et celui de
la sage-femmerie "sont réellement tout à fait différents" et rapporte que
ce qu'elle a appris à l'école de nursing était "réellement sans intérêt pour
assister des naissances". Elle commente :
"L'infirmière sage-femme est dans le même rapport avec moi qu'une ballerine
avec un charpentier."
La capacité de pratiquer pour une DEM aux États-Unis varie considérablement
d'un état à l'autre, avec plusieurs gouvernements d'états qui fournissent
des permis et des fonds d'assurance, et d'autres qui arrêtent les sages-femmes
traditionnelles pour des motifs comme : "pratique illégale de la médecine".
L'AMA et L'ACOG continuent à prendre comme position officielle que la sage-femme
traditionnelle, même avec formation professionnelle, n'est pas sécuritaire
ni recommandable pour la femme enceinte dans ce pays. Cette ligne de pensée
est prévue pour promouvoir le courant dominant de la culture américaine. La
bible des années 90, What expect when you're expecting, affirme sans équivoque
que le seul type de sage-femme qui peut donner des soins efficaces et sécuritaires
durant la grossesse est l'infirmière sage-femme. Un article récent dans le
Baby talk -- un magasine distribué gratuitement dans les bureaux de médecins
à l'échelle nationale -- titre : "Devriez-vous accoucher avec une sage-femme?"
et ignore virtuellement l'existence de la sage-femme traditionnelle en se
focalisant sur les soins des sages-femmes à l'hôpital. L'article fait cependant
référence aux "risques" des soins des soins des sages-femmes traditionnelles,
et cite un médecin qui dit "qu'il connaît d'autres médecins qui croient la
même chose... Quiconque est assez stupide pour tenter un accouchement à domicile
doit en assumer toutes les conséquences et vivre avec".
Le manuel le plus populaire sur la grossesse distribué à des dizaines de milliers
de femmes américaines par les obstétriciens-gynécologues de ce pays, et produit
par l'ACOG, Planning for pregnancy, birth and beyond, contient l'énoncé suivant
: "Les bébés peuvent être " accouchés " par trois types de soignants : les
CNM, les médecins de pratique familiale ou les obstétriciens". Cette attitude
persiste en dépit de nombreuses études qui valident la sécurité des résultats
obtenus par des sages-femmes traditionnelles bien formées, incluant une étude
datée de 1987 et publiée dans le American Journal of Public Health dans laquelle
4054 naissances au Missouri ont été analysées. Les sages-femmes traditionnelles
participant à la recherche ont eu de meilleurs résultats que les médecins
ou les infirmières sages-femmes.
Comme très peu de sages-femmes traditionnelles ont la permission de pratiquer
dans les hôpitaux, et comme elles sont nombreuses à entretenir la philosophie
que l'accouchement n'est pas une pathologie qui requiert une hospitalisation,
la vaste majorité des accouchements assistés de sages-femmes se font à la
maison ou en centre de naissance. L'AMA et L'ACOG sont toutes deux opposées
à la naissance à domicile, encore en contradiction avec les évidences de sécurité
documentées dans la littérature médicale courante. L'OMS recommande que les
politiques nationales en périnatalité reflètent une préférence pour les naissances
accompagnées par des sages-femmes, planifiées hors-hôpital, et une étude publiée
en novembre 1996 dans le British Medical Journal confirme que l'accouchement
à domicile est une option sécuritaire pour les femmes ayant une grossesse
en bonne santé. Plusieurs analystes de politiques médicales et défenseurs
des consommateurs le croient aussi, même si des groupes médicaux majeurs continuent
d'exprimer leur opposition à la pratique des sages-femmes indépendantes, surtout
en ce qui concerne la "sécurité" ; en réalité, l'aspect pécunier et un sexisme
qui perdure (la pratique sage-femme implique des soins de femmes par, et pour,
les femmes) jouent un rôle crucial dans l'opposition de ces groupes face à
la profession.
Susan Hodge, directrice d'un groupe national sans but lucratif et établi en
Georgie, qui se nomme Consumers for Midwifery, dit que la sage-femmerie est
prise au milieu d'une crise de santé nationale, et que les médecins tentent
de faire main basse sur les profits.
"La sage-femme a toujours été malmenée par la profession médicale. Comme cette
querelle de clochers augmente en intensité, les médecins calomnient les sages-femmes
et les naissances hors-hôpital, les infirmières calomnient les infirmières
sages-femmes, et les infirmières sages-femmes calomnient les sages-femmes
traditionnelles."
Dans l'environnement politique actuel, les sages-femmes américaines risquent
beaucoup plus de désapprobation de l'establishment médical en pratiquant la
profession de leur choix.
Roberta Devers-Scott, DEM de Syracuse, New-York, a été arrêtée dans son bureau
en décembre 1995 à la suite d'une cuisante opération orchestrée par deux agents
secrets de l'office new-yorkais des professions. Mme Devers-Scott a été accusée
de "pratique de la médecine sans accréditation". Cependant, l'État de New-York
n'offre aucun mécanisme par lequel une sage-femme de pratique traditionnelle
peut obtenir une accréditation. Devers-Scott, avec des statistiques impeccables
au niveau de la sécurité, a été formée par un programme sage-femme parfaitement
reconnu, où elle a acquis plus d'heures cliniques que dans le programme de
l'Université de l'État de New-York. Plusieurs autres sages-femmes de pratique
traditionnelle à New-York ont aussi vécu des menaces légales et des accusations
ces dernières années.
En 1994, le California Board of Medical Quality Assurance a envoyé des agents
armés au domicile d'une sage-femme de pratique traditionnelle du sud de la
Californie, et ils ont maintenu au sol, à la pointe du fusil, sa fille de
13 ans pendant qu'ils perquisitionnaient sa maison dans le but de construire
une accusation contre elle pour sa pratique de sage-femme. La même année,
Lynn Amin, la propriétaire accréditée d'un centre de naissance privé à Riverside
en Californie, a été arrêtée et enchaînée à un mur de prison, avec les mains
menottées derrière le dos durant plusieurs heures. La partenaire de Amin,
Lorri Walker, une infirmière licenciée, a été piégée par des policiers en
civil se faisant passer pour un couple "enceint". Lorsqu'elle a commencé à
prendre la tension artérielle de la femme, elle a été arrêtée et menottée.
Ces cas représentent seulement quelques-uns uns parmi des douzaines à travers
le pays, où des sages-femmes avec d'excellentes statistiques au niveau de
la sécurité ont été menacées et harcelées par les autorités médicales et légales.
Ann Cairns, responsable de l'éducation publique pour le NARM, dénonce qu'à
la différence des obstétriciens-gynécologues, les sages-femmes n'ont pas été,
elles, poursuivies par des centaines de parents désespérés chaque année pour
leur mauvaise pratique, mais jusqu'ici, les sages-femmes sont celles sur qui
l'argent des contribuables est gaspillé pour les faire arrêter.
Donna Read, productrice d'un documentaire historique très populaire sur les
chasses aux sorcières médiévales, Burning Times, dit qu'elle voit les persécutions
modernes des sages-femmes de pratique traditionnelle comme une part du continuum
et d'un prolongement de la chasse aux sorcières du passé.
Aujourd'hui, quelques sages-femmes de l'Illinois reçoivent des injonctions
de "cesser et désister" provenant du département de la responsabilité professionnelle
de l'Illinois (IDPR). L'organisme prétend que ces sages-femmes ont pratiqué
la médecine illégale. Comme plusieurs autres états, l'Illinois n'offre aucun
processus par lequel même une sage-femme certifiée (CPM) peut recevoir une
accréditation. De plus, les sages-femmes et les médecins qui les soutiennent
réfutent que la sage-femme "pratique la médecine", puisque la grossesse et
la naissance sont des phénomènes physiologiques normaux qui ne requièrent
généralement pas d'autre intervention que l'observation. Ce qui contredit
nettement la position de plusieurs médecins qui voient la naissance comme
un processus pathologique qui entraîne souvent de funestes conséquences avec
présence de risque, et qui demande de la supervision et de la gestion médicale.
Bruce Flamm, médecin et obstétricien-gynécologue, dit que : "Les médecins
se sont longuement fait dire que la grossesse et le travail sont des désastres
qui sommeillent."
Le docteur Richard L. Garrison, assistant professeur au département de médecine
familiale et communautaire de l'Université du Texas, centre des sciences de
la santé de Houston, dit que la position du pays sur les accouchements à domicile
planifiés se caractérise par un avoeu d'incompétence :
"Ils (les OB-GYN) ne sont pas formés pour un travail et un accouchement normaux,
et ils ont de pièrres résultats quant on leur demande de faire ce pourquoi
ils ont été formés. Deuxièmement, ils rechignent à s'entraîner à cela, parce
que leur paradigme est celui de l'intervention dans la pathologie. Ils évitent
délibérément de se placer dans une situation où le recours maximum à des interventions
ne serait pas envisageable. Ils considéèrent l'accouchement à domicile comme
une pratique primitive ou réservée au tiers-monde. "
Un point de vue plus affirmé sur la grossesse et la naissance en tant que
pathologie est celui de Stanley K. Peck, du département de santé publique
du Connecticut. Il a été cité après l'arrestation et le procès de la sage-femme
Donna Vidam en 1995. Peck a dit "qu'une femme n'a pas plus le droit de choisir
de donner naissance avec une sage-femme à domicile que d'avoir une chirurgie
du cerveau à domicile." Paul Lewis, de l'Université de Bournemouth, considère
cette caricature de l'accouchement comme un facteur de risque en soi.
"Je reconnais le besoin de médicalisation quand la femme a une grossesse à
haut risque ou lorsque de sérieuses complications surviennent. Cependant,
nous savons par l'évidence des recherches scientifiques que si une femme à
faible risque est traitée de la même manière qu'une autre à haut risque, on
lui impose des protocoles destinés à protéger la seconde."
Susan Hodge, de Citizens for Midwifery, dit que ce désaccord quant à la nature
intrinsèque de l'accouchement est au coeur de la scission entre l'establishment
médical américain et les sages-femmes de pratique traditionnelle.
"Dans le modèle de soins sage-femme, la sage-femme répond aux besoins et demandes
de la femme qui accouche. La mère accouche de son bébé. Dans le modèle médical,
le médecin " accouche " le bébé. Avec ça, que fait la mère? Ceci dit, je voudrais
aussi souligner que lorsqu'il y a pathologie, médecins, hôpitaux et technologies
peuvent sauver des vies. De plus, les médecins pourraient être plus efficaces
s'ils servaient de consultants aux sages-femmes et adoptaient leur modèle
de soins."
Dans le climat médical actuel d'hostilité envers la sage-femmerie, les femmes
enceintes peuvent êtres les vraies perdantes dans le cas où l'intervention
d'un médecin s'avère nécessaire. Aujourd'hui, les sages-femmes sont dans l'impossibilité
de trouver une entente avec des médecins compétents pour qu'ils prennent le
relais en cas de besoin, et sont souvent anxieuses d'accompagner une cliente
en travail, par peur du harcèlement ou d'une arrestation.
Même si les sages-femmes du Minnesota ne risquent pas d'être arrêtées, l'état
n'offre actuellement aucun mécanisme par lequel les sages-femmes de pratique
traditionnelle certifiées pourraient obtenir une licence. Une coalition pour
la pratique sage-femme se réunit déjà depuis plusieurs années avec l'ostensible
but de concevoir un processus d'accès aux licences pour les sages-femmes de
pratique traditionnelle au Minnesota, comme c'est le cas en Alaska, en Floride,
en Arkansas, au Washington et au Nouveau-Mexique.
Même si les partisans nationaux de la pratique sage-femme voient cela comme
un signe d'espoir, les sages-femmes du Minnesota demeurent frustrées par les
délais et la teneur des audiences de la coalition. La sage-femme Jill Kent,
(DEM) de Hendrum, Minessota, était membre de la précédente coalition de l'état
et dit qu'elle ne comprend pas pourquoi, en tant que CPM au Minnesota, sa
participation n'est pas acceptée par la formation actuelle de cette coalition.
"C'était triste d'observer le déroulement de ces auditions. Les membres, dont
certains étaient médecins, se sont présentés aux réunions sans connaissances
préalables ni informations sur cet important enjeu d'état, et national en
matière de santé. Une membre a même demandé que le temps des auditions soit
utilisé pour la mettre à jour à propos des enjeux relatifs aux sages-femmes."
"Je ne trouve pas cela très professionnel d'avoir accepté de participer à
une coalition et d'arriver aux réunions sans aucune compréhension des sujets
de discussion, notamment dans la mesure où la Guilde des sages-femmes du Minnesota
est un très puissant chapitre de l'American Medical Association, et proclame
que cet état est de ceux où il y a la plus grande concentration d'obstétriciens
pratiquants. "
Susan Hodge, de Citizens for Midwifery, pense qu'il n'est pas éthique qu'une
coalition décidant du sort d'une profession -- sage-femme -- se compose de
membres appartenant à une profession en concurrence avec la première -- les
obstétriciens.
Jill Kent est d'accord :
"Les médecins de la coalition savent que si demain je parviens à obtenir une
licence de l'état, j'aurai tellement de clients que je ne pourrai répondre
à la demande. Ils savent qu'il existe parmi les femmes du Minessota une demande
pour d'autres options de naissance, et franchement ça fait probablement peur
à certains d'entre eux."
En dépit des conditions difficiles dans lesquelles les sages-femmes américaines
continuent de pratiquer le travail de leur choix, il y a des signes qui démontrent
que un changement d'attitude vis-à-vis de la pratique des sages-femmes. Comme
les recherches démontrent la sécurité et l'efficacité des soins sage-femme,
il serait étonnant qu'une nation luttant désespérément pour payer des coûts
des soins de santé qui grimpent en spirale ignore encore longtemps cette option
économique en soins de santé de maternité. L'État de la Floride s'est récemment
incliné devant les avantages économiques des soins des sages-femmes et commencera
activement à encourager la formation et l'emploi, aussi bien de CNM que de
DEM, par les citoyens de l'état. "Si nous sommes capables de faire de réels
progrès en proposant des soins primaires et de prévention, et en réduisant
les taux de mortalité infantile" dit le député de la Floride et secrétaire
de la santé, docteur Charles Mahan, "nous pourrons élargir notre banque de
professionnels de la santé en encourageant la croissance de la sage-femmerie."
Cependant, selon Susan Hodge, le plus grand espoir vient des femmes enceintes
elles-mêmes :
"Même si les médecins ne s'opposent pas à l'accouchement à domicile et à la
pratique sage-femme, et si les lois changent, les principales croyances auront
encore à changer. Pas mal de gens sont maintenant tellement insatisfaits avec
le statu-quo des soins de santé qu'ils sont plus ouverts aux nouvelles idées
et au changement, ece qui est porteur d'espoir pour la pratique des sages-femmes."
"En tout cas, aussi longtemps qu'une minorité de femmes voudront être accompagnées
par des sages-femmes de pratique traditionnelle, ces sages-femmes seront disponibles
et légales pour toutes celles qui le demanderont."
Traduit de l'anglais par Marypascal
Beauregard