A PROPOS DE LA SAGE-FEMME D'ERNONHEID

De M. Achille Brisbois de Warzée, né le 3 novembre 1928 :


II y a bien des années déjà, alors que je me trouvais, par hasard, chez un couple déjà âgé, tout en causant, la dame me dit que mon nom de famille lui rappelait un souvenir très ancien...
" Attendez quelques minutes " me dit-elle et, quelques instants plus tard, elle revenait avec un petit calepin noir.
Elle l'ouvrit à la première page et lut. Elle me dit alors avoir conservé le souvenir de ce jour car, premièrement, ce n'était que la deuxième fois qu'elle assistait, sans médecin, une dame qui accouchait et, deuxièmement, elle avait enregistré une étonnante réplique d'un garçon à qui elle annonçait avoir apporté un petit frère.
Quand je quittai la maison (à Pouhon, hameau de Harzé) je traversai une grande cour où des enfants jouaient. Je leur demandai s'ils habitaient la maison que je venais de quitter et ils me répondirent que oui: Je dis alors à un grand garçon va un peu voir le beau petit frère que je viens d'apporter. Il me répondit d'un ton assez sec : Tu aurais mieux fait de le laisser où il était !
J'en fus abasourdie d'entendre une telle réponse, car, en ce temps-là, les enfants étaient toujours très polis. J'ai alors demandé à cette dame, qui me racontait cette histoire, si elle avait revu cette famille depuis. Elle me répondit que non car la famille Brisbois-Leduc avait déménagé !
Je lui tendis alors ma carte d'identité et lui dit qu'elle avait, en face d'elle, celui qui est né ce jour-là. Devinez la surprise de cette dame, me revoyant une soixantaine d'années après ma naissance.

M. Brisbois explique ainsi la réponse de son frère : mon seul frère était le quatrième enfant de la famille, moi, j'étais le... dixième et je pense qu'il en avait assez de voir naître des enfants chez lui... Toutes et tous ont grandi et, aujourd'hui, mon frère et cinq de mes soeurs ont quitté ce monde... ainsi va la vie !
M. Brisbois a mené son enquête auprès de la famille de celle qui avait assisté sa maman lors de sa naissance : Mme Marie Bodson est née le 23 janvier 1908 et décédée en octobre 1993. Elle avait épousé M. Albert Evrard.
Peu de temps avant son décès, le témoignage oral de la vie de cette sage-femme a été enregistré sur une cassette et ses propos consignés dans un ouvrage dont j'ai extrait la copie de la première page de son précieux carnet.
Dans la famille, nous avons gardé un très bon souvenir de cette sage et grande dame, aussi douce en paroles qu'en gestes.
Annonces Ourthe-Amblève - Gazette de l'insolite - 13 juin 2001


J'ai lu avec attendrissement les souvenirs relatifs à Marie Bodson, écrit Mme Maria Lambotte de Werbomont.
Je suis née en 1938 et suis l'aînée de huit. Marie nous a tous mis au monde de 1938 à 1954.
Au baptême du sixième, j'avais 10 ans et j'étais fière d'être marraine. Au retour, nous étions près du berceau où Marie venait de déposer le petit Michel.
Tante l'a prise à partie : " Ma fille voudrait bien vous demander quelque chose. " " Qu'elle demande " a dit Marie et ma cousine, du même âge que moi, de dire " Où avez-vous été le chercher Marie ? "
" Aye min, dji n'èl di nin paré là qui dj lè va qwèri. Tot l'monde ireut è dji n'areus pu m'gagnèdje ! " (*).
Nous restâmes sur notre faim, agacées par les sourires des grands. Le mystère restait entier. Oui, c'était une grande dame Marie Bodson et nous lui devons beaucoup de reconnaissance.

(*) " Ah mais je ne le dirai pas où je vais les chercher. Tout le monde irait et je n'aurais plus mon gagne-pain
"


Annonces Ourthe-Amblève - Gazette de l'insolite - 04 juillet 2001