D’après
l’ouvrage du Docteur Louis Thiry, édité chez l’auteur en 1954
Le Centre Culturel de Remouchamps se situe avenue de la Porallée, mais qui sait encore ce qu'était la Porallée ?
S'il fut quelqu'un que le sujet passionna et qui se battit pour que fussent préservés des droits dont l'origine remonte à la nuit des temps, ce fut bien le Docteur Louis THIRY, notre éminent historien régional. D'autres avant lui, Gustave FRANCOTTE, premier Bourgmestre de Sougné-Remouchamps, ancien député et ancien Ministre de l'Industrie et du Travail et surtout, le Docteur Ferdinand-Joseph TIHON, s'étaient investis dans de longues recherches sur le sujet.
Dans un ouvrage remarquable qu'il publia en 1954, le Docteur THIRY résume et complète ces recherches. Pour finir, il nous fait la chronologie des événements qui aboutirent à la liquidation pure et simple de ce patrimoine du passé.
Pour illustrer l'ardeur avec laquelle le Docteur THIRY livra cette bataille "d'arrière-garde" (probablement digne d'Empardus, le légendaire donateur de la Porallée), je vous livre ci-dessous les dernières lignes qui clôturent cet ouvrage et ce combat :
...Voilà des considérants qui pourraient être recopiés par l'Allemagne pour se libérer du plan Young, déchirer le traité de Versailles, et réclamer l'annexion de l'Alsace, de la Lorraine, de la Franche-Comté, de la Bourgogne et même de la Champagne: car on se demande comment la France peut arriver à mettre en valeur ces provinces, et de quel droit l'Allemagne ne peut récolter du Chambertin-clos-de-casques-à-pointe. Bon appétit, Messeigneurs ! Annexez, fusionnez, avalez, et surtout passez l'éponge sur l'ardoise aux consommations ! Mais ne vous étonnez pas qu'on tire quelque jour les conclusions de vos principes de foire-d'empoigne !
Vivent les Soviets ! Messieurs !
Ces Ultima verba ont été écrites en 1929. Si, à cette époque, le Conseil d'État avait existé, j'aurais proposé à mes concitoyens un recours devant cet aréopage, qui présente, du moins, des garanties d'impartialité. A moins, comme les usagers de la Commune St-Remacle, de porter la question devant les tribunaux .... En attendant,... e finita la commedia...»
Ses origines
Comme tant d’autres « zones franches » les origines de la Porallée se perdent dans la nuit des temps. On peut cependant
les expliciter de la façon suivante :
Dans l'impossibilité de délimiter d'une manière équitable les vastes étendues
encore couvertes de forêts, lesquelles, par le mécanisme même des défrichements,
étaient souvent éloignées des localités primitivement fixées et peuplées,
les pouvoirs constitués de l'ancien régime eurent recours à la fiction légale
des zones franches
:
D'autre part, les seigneurs locaux prétendaient se réserver de vastes
terrains de chasse : autre source de conflits, les limites de ces territoires
étant plus difficiles à tracer et plus jalousement encore disputées que celles
des espaces soumis à la vaine pâture et à l'exploitation forestière.
Ce fut pis encore lorsque l'accroissement de la population mit les communautés
dans l'obligation de chercher de nouvelles terres à cultiver ; les aisemences soumises à l'essartage,
d'abord situées à proximité des villages, ne tardèrent pas à prendre une telle
extension qu'elles mirent aux prises des cultivateurs de localités différentes
et, qui plus est, dépendant de juridictions différentes.
Tant que des îlots ( communs,
communes, commines, commignettes ), purent être
mis à la
disposition des habitants d'un même village au voisinage immédiat des habitations
pour servir de pâture clôturée à usage temporaire ou occasionnel, pareils
conflits étaient
évitables, l'autorité locale réglant l'usage ; dès qu'il fallut déborder sur
des espaces sans limites définies se posa le problème des zones
franches :
Le nom de communaux ou d'aisances ou aisemences demeura attaché exclusivement aux terres vacantes, régies par l'autorité
locale et concédables sous conditions, soit en location, soit par aliénation
sous réserve d'approbation par les communautés.
Sa situation
Située sur les rives de l'Amblève, la Porallée était un vaste terrain
en partie boisé, entrecoupé de pâtures, de marécages et de cultures.
Elle était bornée :
De la Croix Wathy à Florzé, elle mesurait 2330 verges de 16 1 /2 pieds de St-Lambert; et de la maison Gonay, au bois de Montjardin, 1050 verges. On lui attribuait 4 à 5 mille bonniers. (± 3500 à 4400 hectares) (cf. page consacrée aux anciennes mesures).
Ses
limites
Les limites allaient de Dieupart vers Aywaille (dont seule la partie Est était poraliste) et, par le fond de Nierbonchera, jusqu'à Florzé. De là, elles gagnaient la route de Sprimont jusqu'au Chêne-à-Ballo et Playe, longeant le bois de Warnoumont, celui de Hansoumont, se dirigeaient vers Camp Gaillard et, par Vertbuisson, arrivant à la Croix Wathy, descendaient le rui de Forchon, aujourd'hui Chefna, jusqu'à l'Amblève, traversaient la rivière, les bois d'Aywaille, de Montjardin et revenaient à Dieupart

Son relief
Près de la Croix Wathy, la Porallée est à l'altitude de 560 mètres, et près de Remouchamps à 150 m. Elle présente une double pente, vers le nord et vers l'ouest. Quelques ruisseaux, de nombreuses fontaines dont les eaux vont à l'Amblève y prennent leur source.
Son sol
Le sous-sol de la Porallée appartient aux formations primaires. En
allant de l'est à l'ouest, le cambrien est largement représenté par des quartzites
et des phyllades noirs appartenant à l'étage revinien. La décomposition facile
de ces derniers donne naissance à une argile compacte, imperméable, tandis que
les quartzites restent sous la forme de blocs plus ou moins volumineux émergeant
du sol. Le dévonien inférieur est représenté par des bandes courant du sud au
nord formées par des psammites et schistes de l'étage gedinnien. L'étage coblencien
est représenté ensuite par des grès, schistes, psammites et grauwackes, et par
des grès de Wépion ; le burnotien, par ses schistes et grès rouges; le dévonien
moyen, par des schistes rouges, psammites, grès et poudingues de l'étage couvinien
et par des calcaires du givetien. La partie Nord-ouest comprend des schistes
et calcaires frasniens surmontés de formations fameniennes et d'un lambeau de
calcaire carbonifère. Outre l'argile de décomposition qui fournit un sol
humide on y rencontre aussi de la tourbe.
Sa faune et sa flore
Une forêt de 1100 hectares de haute futaie recouvrait jadis une partie
de la Porallée. Un vaste incendie la dénuda entièrement en 1557 et le feu y
sévit avec tant de violence que le sol fut brûlé sur une profondeur de trois
pieds. Depuis lors, on n'y vit plus que du bois de médiocre valeur, des pâtures,
des sarts où l'on semait de l'avoine et du regon, des bruyères et des marécages.
On y trouve aujourd'hui des champs bien cultivés, des prairies, des plantations
de résineux et bon nombre de parties incultes où croissent la bruyère, le genêt,
des fougères et des broussailles.
La Porallée fut autrefois très giboyeuse : le loup, le renard, le sanglier,
le cerf, le chevreuil étaient ses hôtes habituels ; on y revoit maintenant le
cerf, le chevreuil et le sanglier. Le busard est l'oiseau de proie le plus intéressant
de la région.
Vu les altitudes très différentes de la Porallée, la flore y est subalpine,
comme dans les hautes fagnes, ou celle des régions tempérées.
Son hydrographie
Les ruisseaux principaux de la Porallée sont
Les fontaines sont nombreuses
Tabac fontaine,
Cocu fontaine,
Fontaine St-Martin, Marionriwe, Pourrifontaine, Fontaine Jean Bablette, Fontaine
Henri Panea, Wauthy fontaine, Cloese fontaine, Fontaine à Morealmont, Catherine
Fontaine, Fontaine Jacquemot Baudoin, Noirefontaine, Fontaine Heyotte, Fontaine
Henrotte, le Potay, Fontaine Biemé, Fontaine de la brûlée tronce.
Lieux dits anciens
Pierreuse
voie, Voie des Blanches pierres, Voie de la Tournerie, Croix Wathy
ou Croix rouge ou Werixhas du bon
fagi, Mauvais poirier, Chêne de Belvaux, Poirier al chief, les Pierries, Roche
Madame, l'Étoile Martin, Chaudière, Heid pelée, Pierres blanches, Chêne Boskin,
fond de Gervohault, tier de Mortangne, stat de Mourimont, Beck de Meynier, bois
des Moisnes, bois de Hazoumont, fagne de Royonfaz, Rond chaynea, Loignoul, petite
Lieve, grande Lieve, forêt Markau, Spon des boeufs, Sart des corteaulx, bois
d'Eyneux, pré des raves, loge Hierkin, Noirheid, Rondfays, Heid des oiseaux,
heid de Chiefgotte, Basse monière, Pourboux, Gelyry, Rouge saulx, Brûlée
tronce, Oneux, Fond de Potays, chemin des Potays, Grossehaie, Haie de cession,
Fonds
de Loudiau, Cul du four, Haie des graviers, Bassevoie a Forge, Malhaye, Heid
des corbeaux, Fond de la Picherotte.

Vue panoramique
de la Porallée
d'après Sylvain Boullin (Archives
Générales du Royaume)
La voirie
La voirie de la Porallée était très développée. Elle communiquait par d'anciens chemins non seulement avec les localités voisines, mais encore avec l'Ardenne, le Condroz et les pays d'entre-Meuse-et-Rhin.

Tiré de : "LA PORALLEE Miraculeuse Dieu et Saint-Pierre d’Aywaille"
Docteur Louis Thiry,- 1954