SORCELLERIE
A VILLERS-STE-GERTRUDE

Nous sommes le 23 octobre 1586, Jehenne, dit la châtelaine, veuve de Henri Mosseit, fait sa confession devant le cour de Filot. Elle affirme avoir vu aux danses nocturnes avec les diables à Werbomont, Anne Bertrand D'izier, teinturière de toile.

Le 6 novembre 1586, Henri de Harre, mayeur et les échevins Emile Bredar de Fermine, Gérard Sarter, Guillaume Houver, Hubert Lecharlier, Lambert Pasquier, Emile de Harson, Jean Lebros et Emile Sarter lancent contre Anne Bertrand, un mandat d'arrêt appuyé sur l'accusation de la châtelaine, brûlée vive comme vaudoise. Le lendemain, ses biens sont saisis par la cour d'Izier : une vache et une génisse valant 35 florins l'une comme l'autre, deux chèvres ou gaddes, qui furent mises en mains de Jean le Brasseur pour en rendre compte après. Son mobilier consiste en un grand chaudron d'airain noir pour la teinture avec huit autres plus petits; sept plats et sept écuelles d'étain pesant sept livres; cinq cuillères d'airain et quatre d'étain; trois couvercles de pots, un d'étain et deux de fer; un frasseux d'airain; un chandelier; deux petites anses de pots; des fers à gaufres et un heugnet (bague) de femme, de petite valeur. On a trouvé aussi chez elle, seize pièces d'asse ou de filez avec une pièce de tortaine (deux aunes et demi) qu'on disait appartenir à plusieurs particuliers qui les lui avaient remises pour les faire teindre. Enfin, on saisit douze stiers d'avoine sans passer le zaig, trois paires de linceul dans un écrin avec deux cotillons noirs, quatre serviettes, deux nappes, deux ticques d'oreiller, un cheffesar de plumes et un oreiller, un corselet de femme, un coverton de lit, une paire de manchettes rouges, objets qu'Anne avait cachés dans la maison de feu Englebert de My. Toutes ces pièces, enfermées dans l'écrin ou malle, sont confiées à Jean le Brasseur.

Des témoins déposent et Guillaume Sarter, greffier de la Cour d'Izier, consigne au registre.

Elle est accusée d'avoir fait mourir l'enfant de Jacques Adam, d'avoir été la cause de la perte de boeufs, vaches, veaux, cochons chez Jean Polet, d'avoir voulu empoisonner Marguerite le Corbisier, laquelle fut guérie en mangeant du pain venant de la dite sorcière. Catherine Le Charlier l'accuse d'avoir rendu sa fille malade.

Anne se défend d'être sorcière et macralle.

Le 19 novembre, arrive une lettre de la Cour de Hamoir, disant que deux sorcières, condamnées par celle-ci à la peine du feu, ont déclaré qu'Anne Bertrand était leur complice.

La Cour ordonne la torture de « la pesanteur du corps » (suspendue par les bras).

Les 2 et 15 décembre, nouvelles comparutions devant Guillaume Bredar mayeur, remplaçant le Seigneur Evrard Sarter.

La pauvre femme torturée avoue avoir promis obéissance au diable, avoir renié Dieu, avoir planté la nuit, près de Filot, des bâtons oints de vert onguent que le diable lui avait donnés pour faire périr les fruits de la terre.

Le 18 décembre, elle est contente de mourir, comme la justice en ordonnera - la suite est toujours la même : « Condamnée à estre estranglée et son corps publiquement bruslé pour l'exemple des autres »

Que s'est-il passé à Izier à cette époque ? Une malédiction était-elle sur la famille Bertrand ?

Toujours est-il que la Justice d'Izier ouvre une action contre Maroie Bertrand, le 13 octobre 1605.

Maroie est accusée par la voix publique « d'estre sorcière et d'avoir faict malades et mourir gens et bêtes ».

La justice veut savoir « de quelle manière, elle avec Jean de Paradis, avaient confecté la pouldre jectée en aire à l'intention de nuire aux fruicts de la terre...si la prisonnière at eu la réputation de s'avoir mal gouverné avec Dony de Ville...et comment iceluy disait se nommer..».

Maroie, entre autres réponses, dit que le Malin venait chez elle sous la forme du dit Dony...!

Après la déposition des témoins, Jacques Adam, Martin Le Charlier, etc...la pauvre Maroie Bertrand a été « estranglée à une estache de bois par le maître des haultes oeuvres et son corps bruslé en cendres au lieu accoutumé le 7 janvier 1606 ». Présents, le prévôt et les échevins, excepté Playe.

Notes historiques de F. PIROTTE - A. CHOQUE

EN MARGE D’UN MILLENAIRE "VILLERS - SAINTE-GERTRUDE"