

Laboureurs du XIIème siècle - d'après une miniature figurant sur le manuscrit de la Sainte-Chapelle (Bibliothèque Nationale)
Après
la " Révolution néolithique ", le rapport homme-forêt change radicalement.
De « chasseur-cueilleur-pêcheur
», l'homme deviendra progressivement « agriculteur-éleveur ».
De tous temps, les puissants se sont appropriés la forêt : le paysan ne pouvait
s'y aventurer
qu'autorisé par le seigneur et n'en retirer que les menues ressources qu'on
voudra bien lui accorder.
C'est ainsi que persistèrent, durant des siècles, des droits d'usage (glandée
des porcs, ramassage des litières, du bois mort...).
Les
pâtres de la forêt de Fontainebleau au XVIIIe siècle
Jadis,
l’Europe entière était une immense forêt pratiquement continue.
A partir du Xe siècle, la sédentarisation de l’agriculture et la poussée
démographique rendirent nécessaire
l’extension des terres cultivées.
Ce
fut l’origine de défrichements spectaculaires qui, du 10e au 13e siècle,
arrachèrent à la forêt des superficies gigantesques de terres cultivables. Ces
grands travaux s’étendirent à toute l’Europe occidentale, jusqu’à l’Elbe.
A cette époque, des landes, des marécages, des fonds de vallées humides, furent
drainés, aménagés et domestiqués par l’homme.
Tout
ceci ne fut toutefois rendu possible que par un progrès de l’outillage : remplacement
progressif de l’araire par la charrue dans les régions à sol lourd ; amélioration
de l’outillage en fer (collier d’épaule et ferrure du cheval notamment).
Ces divers défrichements se sont déroulés selon des modalités diverses que l’on peut regrouper en trois grandes étapes.
Aux
10e et 11e siècles, les paysans grignotaient peu
à peu l’espace inculte
avoisinant leurs champs. Ces initiatives individuelles et dispersées ne tardèrent
pas à attirer l’attention des seigneurs et de l’Église qui y virent les ressources
qu’ils pouvaient tirer de ces nouvelles parcelles.
Très rapidement, des redevances généralement en nature
«
champart, tâche...»
furent
imposées au paysan, malgré le désir de ce dernier de faire reconnaître comme « alleux » des
champs qu’il ne devait qu’à son travail, mais qui relevaient
du domaine seigneurial.
Alleux
ou Alloux :
Terres allodiales (du francique - allod
- propriété complète) franches et libres de toute suzeraineté depuis un
temps immémorial.
Survivance des propriétés concédées aux colons romains et aux lètes barbares
installés par l'Empire romain déclinant
ou par les souverains barbares du Haut Moyen Âge, l'alleu est une exception
à la règle féodale qui affirme :
« nulle terre sans seigneur »
Le Champart ou Tasque ou Agrier
:
Portion des fruits que le Seigneur se réserve quelquefois "in
traditione fundi", pour tenir lieu de Cens et de Rente,
et quelquefois même, outre et par dessus le Cens et la Rente.
Cette portion est communément le quart, et le Seigneur l'exige, ou en prenant
chaque année la quatrième partie des fruits,
ou en jouissant pendant une année de l'entier fonds, en laissant jouir pendant
3 années le tenancier sans aucune charge.
Tout cela dépend des titres et des conventions. A noter que le possesseur du
fonds sujet au Champart
ne peut retirer les fruits sans en avoir plutôt averti le Seigneur.

Remarques sur le Champart : Le Champart produit plus ou moins au Seigneur, suivant que la récolte est plus ou moins abondante ; mais il est remarquable qu'il ne dépend pas du tenancier de frustrer le Seigneur à défaut de culture.
Au 12e siècle, ce furent les seigneurs eux-mêmes qui prirent
en charge ces grands travaux de défrichements lesquels connurent, alors leur
apogée. C’est ainsi
que des villages entiers et leur terroir furent créés de toutes pièces.
Les capitaux importants investis dans ces travaux devaient être rentabilisés par les redevances que l’on exigerait des exploitants par la suite.
Pour
attirer les paysans qui mettraient en valeur le nouveau terroir, le seigneur
leur offrait un statut personnel plus libéral que celui qu’ils avaient
dans leur ancien village.
Le bon état de conservation des archives ecclésiastiques a pu donner l’illusion que les abbayes avaient été les principaux entrepreneurs de défrichements, alors que très souvent les communautés religieuses se livraient à une activité pastorale plus conforme à leur idéal de vie retirée et défendaient la forêt qui protégeait leur clairière des intrusions de la vie séculière.
Mais, en fait, ce furent bien les seigneurs laïcs qui furent les principaux
instigateurs de cette deuxième vague de défrichements qui aboutit à la création
de villages, au nom et à la forme typiques (habitat groupé, plan souvent géométrique),
et de terroirs en openfield, aux parcelles régulières.
Fin
du 12e et au 13e siècle, la quasi-totalité des terres
susceptibles d’un défrichement profitable ayant été mises en valeur, une troisième
vague, plus modeste, vit le retour à des initiatives individuelles marginales,
qui aboutirent à un peuplement intercalaire et souvent à un paysage de type
bocager. 
Ces dernières initiatives menacèrent dangereusement l’équilibre déjà précaire entre la part cultivée des finages et leur part non cultivée, dévolue à l’élevage, à la cueillette et nécessaire à l’équilibre écologique. C’est pourquoi seigneurs et communautés villageoises sont souvent intervenus pour freiner ces dernières tentatives.
Les défrichements devaient modifier définitivement les conditions de vie des
pays qui les connurent. L’extension des terres cultivées a permis le recul des
famines et favorisé le passage à l’assolement triennal par l’adjonction d’une
troisième sole au terroir cultivé.
Les paysans très dépendants des anciens villages se sont inspirés du statut
plus indépendant (au moins - en droit) offert aux « hôtes » des nouveaux villages
pour réclamer une amélioration de leur sort. Enfin, nous devons aux défrichements
l’essentiel du paysage actuel de nos campagnes, bien que toutes les entreprises
d’essartage n’aient pas connu un succès durable, certaines terres de trop médiocre
qualité ayant été abandonnées dès le 14e siècle.
Sources :