L'amitié peut
avoir existé, avoir été sincère
et forte, et puis se briser d'un seul coup,
s'anéantir parce qu'elle aura manqué à l'un de ses principes
fondamentaux, la fidélité,
c'est-à-dire la constance dans la confiance, cette présence qui
ne doit jamais faire défaut.
La trahison, c'est le fait de « manquer à la foi donnée à quelqu'un »,
c'est une forme d'abandon doublé parfois d'une volonté de
nuisance
ou d'une participation active ou passive à une opération
de malfaisance.
Quand une amitié est trahie, la blessure est insupportable
justement parce qu'elle ne fait pas partie de la conception et
la nature de la relation, laquelle
est une vertu, pas un arrangement social ou psychologique.
Elle est vécue comme une injustice.
Elle est incurable.
On ne comprend pas et on s'en veut d'avoir donné le bien le plus précieux à quelqu'un
qui ne le méritait pas
ou qui n'a pas compris le sens ni la gravité de ce don.
On s'est trompé et
on a trompé.
La rupture s'impose parce que l'amitié ne souffre pas de concessions avec
le faux, la tiédeur et la perversité.
Comment ne plus souffrir de ces blessures ? Comment choisir
celles et ceux à qui
on fait le don de son amitié ? Quelle illusion ! Comment savoir, comment
prévoir les métamorphoses de l'âme,
ses errances, ses revirements ou sa fidélité et son intégrité ?
Il n'y a pas de recette.
L'amitié est
une religion sans Dieu ni jugement dernier.
Sans diable non plus. Une religion qui n'est pas étrangère à l'amour.
Mais un amour où la guerre et la haine sont proscrits,
où le
silence
est possible.
Ce pourrait être l'état idéal de l'existence. Un état
apaisant.
Un lieu nécessaire et rare.
Il ne souffre aucune impureté. L'autre, en face,
l'être qu'on aime
est non seulement un miroir qui réfléchit,
c'est aussi l'autre
soi-même rêvé.