Il
faut bien admettre que l’une des conséquences de notre « modernité »,
sera d’enterrer - à tout jamais - un patrimoine du passé dont
la mémoire s’est transmise de génération en génération
depuis la nuit des temps.
Pourquoi
donc s’encombrer de ce qui ne sert pas (ou plus) et qui
n’est pas rentable ?
Et
je pense d’abord à tous ces noms de lieux dont ma génération
sera la dernière à en avoir la souvenance, incomplète d’ailleurs.
Et d’une certaine façon, je ne peux m’empêcher
de ressentir une forme de tristesse à cette idée.
Il
est vrai que le remembrement agricole et la disparition des petites
exploitations a précipité dans l’oubli, ces petites pâtures
dont les noms sentaient bon les foins de mon enfance.
Ne
parlons pas des très vieux chemins dont beaucoup ont été rayés
purement et simplement de la carte, légalement ou non d’ailleurs.
Quant
aux forêts et petits bois, nombre d’entre eux sont purement
et simplement interdits au paisible promeneur.
De
nouveaux propriétaires arrogants et méprisants ont condamné les
accès à des chemins qui, jusqu’à la fin des années nonante, étaient
accessibles à tout un chacun en toute période de l’année.
Je les ai tant parcourus, que ce fût avec notre instituteur,
en famille ou en promeneur solitaire.
Et
ne me dites pas que c’est pour les protéger des véhicules tout
terrain en tous genres ou encore des randonneurs à cheval. Car c’est
tout un réseau de barrières infranchissables et de clôtures en fil
de fer barbelé qui a été mis en place… Il n’y manque que
des caméras de surveillance.
Il
est vrai aussi que la population de nos petits villages n’est
plus ce qu’elle était. Si les autochtones les ont souvent
désertés pour des raisons professionnelles, il est un fait
que depuis quelques années, ils sont devenus des endroits
de prédilection pour de jeunes couples que les déplacements
n’effraient plus. La construction de l’autoroute
des Ardennes et l’attrait des charmes de la ruralité sur
les anciens citadins n’y sont pas étrangers.
Je
me suis amusé à faire mentalement un décompte des maisons d’Ernonheid…..sur
81 maisons, 26 seulement sont occupées par des natifs du village...Et
ce fossé ira sans cesse croissant. Et plus tard, les enfants
de ces nouveaux venus s’installeront ailleurs également.
C’est un phénomène irréversible, lequel détruira à tout
jamais l’âme de nos villages devenus des genres de villages – dortoirs.
Voici
quelques noms de lieux-dits dont je garde le souvenir et qui
seront enterrés avec moi….et avec les quelques très rares « vieux » qui
s’en souviennent encore.