Walthère JAMAR "Chevron dans le passé"
LE DOSSIER DES ARCHIVESIl y a aux archives de l'Etat une farde, pas bien grosse, où sont classés les procès de sorcellerie qui se sont déroulés à Chevron.
Quand j'ouvris ce dossier, au début de mes recherches, un profond découragement s'empara de moi. Je me trouvais en présence d'écrits composés de caractères indéchiffrables à première vue, ressemblant plus à des hiéroglyphes qu'à des caractères de notre alphabet, ajoutez à cela des abréviations incompréhensibles et une écriture cursive que j'estimais illisible.
Il faut songer que ces écrits ont été rédigés par le greffier de la Cour de Chevron, séance tenante et « currente calamo » au fur et à mesure de l'interrogatoire des malheureuses femmes accusées de sorcellerie et livrées souvent à la torture en sa présence.
N'est-il pas humain de supposer chez lui un peu d'émotion qui faisait trembler sa plume ?
Voyant mon désarroi en présence de ces vieux écrits, un archiviste au coeur secourable vint me réconforter en me déchiffrant avec une facilité qui me surprit, ces textes pour moi pleins de mystères.
Il voulut bien écrire pour moi la traduction, mot à mot, d'un procès tout entier et c'est grâce à cette traduction que j'ai pu réussir à mon tour, après bien des heures de pénible application, à déchiffrer d'autres procès, la loupe à la main.
Il y eut bien, par ci par là, quelques lacunes dans mes traductions, mais elles furent vite comblées grâce à la compétence et à la complaisance inlassable de Messieurs les archivistes que je tiens à remercier ici.
EPIDEMIE DE SORCELLERIE
Dans la seconde moitié du XVIème siècle, une véritable épidémie de sorcellerie régna dans la Principauté de Liège et de Stavelot. Nous verrons que Chevron ne fut pas épargné.
Les juges eurent à s'occuper de nombreux procès de sorcellerie, suivis presque toujours d'exécutions.
Devant l’extension de ce fléau et les lenteurs apportées par la Justice à sa répression, les Princes Evêques de Liège et Abbés de Stavelot s’émurent.
Le 18 Février 1605, Ernest de Bavière recommande de poursuivre avec diligence les sorcières, car, dit-il, nous apprenons que les bourgs et villages de notre Principauté sont infestés de plus en plus par intoxications, incantations et autres espèces de sortilèges.
« Il faut extirper cette vermine sans compassion et procéder à la prosécution et exécution des dits sorciers sous peine, pour les magistrats responsables, de la privation de leurs estats et offices. »
Le 30 Décembre 1608, le Prince Ernest de Bavière estimant que sa prédicte ordonnance était restée lettre morte, adressa un nouveau mandement aux Cours de Justice touchant les sorciers.
« Nous apercevons, à notre grand regret, que notre Pays de Liège se remplit de sorciers et de sorcières. Quoique leur extirpation soit, non seulement un sacrifice très agréable à Dieu, mais encore un point de nécessité pour la conservation des créatures tant raisonnables qu'irraisonnables, nous ne voyons pas néanmoins que nos officiers et vassaux y apportent la sollicitude et la diligence requises, et cela, à cause des frais et dépenses qu'il est besoin de faire pour les procédures et les exécutions.»
En conséquence il ordonna que les procès seraient sommaires et courts et il en réduisit notablement les frais, mais il ne supprima aucune des formalités judiciaires, ni aucun des moyens judiciaires destinés à faire découvrir la vérité et à faire triompher la justice.
Les procès de sorcellerie, très nombreux dès le début de la seconde moitié du XVIème siècle, durèrent jusque vers la fin du XVIIéme