Des rites païens aux rites chrétiens
Non loin de Remouchamps, à droite de la route qui mène à Louveigné, se trouve un espace circulaire d'aspect fort nu et fort triste et digne, c'est le rendez-vous des « macrês » et des « macrales ».
L'Ardenne, et particulièrement la vallée de l'Amblève, a toujours été une terre privilégiée pour la sorcellerie. A quoi faut-il l'attribuer ?
La nature du pays, semé de montagnes aux nombreuses excavations, entrecoupées de profondes vallées, couverte de mystérieuses forêts, y est certes pour beaucoup ; mais on doit chercher l'origine dans des croyances antérieures même à l'ère chrétienne.
Les superstitions du sol, le culte des arbres, des pierres et des sources, le druidisme tint bon pendant plusieurs siècles, et même le clergé fut obligé de faire des concessions.
Le grand chêne qui avait prêté son ombre aux cérémonies païennes ne fut pas abattu, mais son tronc reçut la douce image de la Vierge ; la roche devant laquelle avaient eu lieu les sacrifices fut transformée en un calvaire ; les feux allumés encore aujourd'hui au mois de juin, devinrent les feux de la Saint-Jean ; les courses aux flambeaux du solstice d'hiver furent oubliées pour les solennités de la Noël. Presque partout, les populations furent attachées à l'autel par les liens de la tradition.
On sait que les druides s'adonnaient à des pratiques à l'aide desquelles ils prétendaient changer les lois de la nature, soumettre à leur empire des êtres invisibles et lire dans les ténèbres de l'avenir.
D'un autre côté, on sait aussi que les peuples d'origine celtique, qui attribuaient à la lune une grande influence sur toutes les parties de la terre, quittaient, la nuit, leurs demeures, lors de la pleine lune, afin d'honorer l'astre favorable par des danses et par des chants, et qu'ils se réunissaient dans les lieux les plus déserts, au sommet des montagnes ou au fond des bois.
Ces assemblés nocturnes continuèrent à subsister, malgré l'Eglise et les capitulaires des rois, de Charlemagne entre autres.
L'exemple des aïeux, les traditions locales résistèrent aux pénalités les plus sévères ; mais ceux qui assistèrent à ces réunions devinrent un objet de réprobation, et les bruits les plus étranges coururent touchant les cérémonies qui s'y pratiquaient.
Les adorateurs de la nature reçurent le nom de suppôts de Satan, sous la présidence duquel avaient lieu leurs conventicules : leur sabbat ; et bientôt aux chants et aux danses se joignirent les prodiges fantastiques des sciences occultes, les onctions magiques, les breuvages enivrants qui déréglaient tout à fait des imaginations déjà faibles et superstitieuses et donnaient naissance à une foule de pratiques insensés.
De là, ces récits concernant les impiétés et les débauches dont se rendaient coupables les sorciers au sabbat.
Personne n'ignore que Belzébuth convoquait ses admirateurs au moyen d'un signe qui apparaissait dans les airs et était visible pour eux seuls ; qu'ils se rendaient à leurs réunions sur un manche à balai ou sur un bouc, en répétant souvent, tantôt les mots de « émen, étan », tantôt ceux de « houp, maka, riki, rikette » ; qu'après avoir rendu hommage à leur seigneur et maître, reçu de lui des poudres et des onguents magiques, écouté ses exhortations, ils se livraient à des danses impudiques, à des parodies du culte chrétien, puis faisaient un repas dont les mets se composaient de crapauds et de couleuvres, de balayures d'autels, de sang de pendu ou de petits enfants morts sans avoir été baptisés, etc.
Voilà comment ont pris naissance la sorcellerie et le sabbat qui s'expliquent ainsi fort naturellement : c'est un reste du druidisme, rien autre chose.
Le « Champ des Macrales », on le voit, est donc un lieu historique, un lieu réellement consacré par de curieux souvenirs : c'est là que devaient se réunir les anciens pour fêter la lune.
C'est là que, plusieurs siècles après, durent se rassembler encore ceux qui, tout en ayant accepté le christianisme, tenaient cependant aux antiques usages de leurs pères. Enfin, c'est là que peut-être les fourbes, qui avaient intérêt à se rendre redoutables, et les malheureux dont ils avaient fait leurs victimes, tenaient leurs conciliabules secrets.
Texte tiré de "Sorcières & Macrales de Wallonie et d'Ardenne" - Michel ELSDORF - Noir Désir Production