Des bûchers pour Satan

© Françoise Valero
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La femme sera la plus grande victime de ce fléau. Cela doit être souligné pour tout ce qui va suivre.

Le Moyen Age et l'inquiétude théologique à l'égard de la femme ce cesseront pas durant tous ces siècles d'obscurantisme satanique.


 

L'affirmation que la femme représente la partie inférieure de l'humanité et l'homme la partie supérieure, la raison, permet de comprendre que soit attribuée à Eve (une portion d'Adam), la fonction d'incarner l'inquiétude ontologique : celle qui fonde l'humanité devant " l'autre si dissemblable, si désirable qui est aussi le même ".

Dès que l'humain est en proie à la peur, la peur de l'étranger qui se cache au fond de lui, alors revient la Femme des origines : la sorcière.

On conçoit en théologie chretienne, que la femme est plus charnelle que l'homme, ce qui ressort de la formation même de la première femme, car elle a été formée d'une côte courbe de l'homme, c'est-à-dire d'une côte de la poitrine qui était tordue, ce qui fait qu'étant un animal imparfait, elle est toujours trompeuse !

On comprend pourquoi dès lors les sorcières seront infiniment plus nombreuses que les sorciers ! (dans le Judaïsme la femme est non pas inférieure à l'homme, mais on pourrait dire supérieure, car elle ne vient pas de la glaise, mais déjà d'un humain et elle est créée en dernier, comme une apothéose de la Création divine).

Le nombre de sorciers et sorcières au Moyen Age est considérable (un million au moins), beaucoup vont brûler et seront poursuivis sans cesse. En 1609, Jean Filesac de la Sorbonne parlait de plusieurs millions et trouvait qu'on ne les poursuivait pas assez.

L'Eglise n'avait pas le privilège de ce travail, mais les juristes vont se montrer très zélés. Si nous posons le problème que le diable existe tant qu'on y croit, le travail ne manquait pas à l'époque. La Réforme lutta aussi avec vigueur car tous les réformés sont persuadés que Satan et ses disciples sont partout (Luther, Melanchton et Calvin sont soumis à Satan jour et surtout nuit).

La crédulité des populations converties au Nouvel Evangile est demeurée dans tous les descendants des premiers évangélistes arrivés avec le May Flower.

Les princes évêques vont trouver dans la sorcellerie une source intarissable de revenus. Comme le raconte Michelet, le procédé est simple : « employer la torture contre les témoins, créer des témoins à charge par la douleur, l'effroi. Tirer de l'accusé, par excès de souffrances, un aveu et croire à cet aveu contre l'évidence des faits ». Les choses allèrent si loin que le bigot Ferdinand II de Habsbourg, fanatique, s'écria : " Arrêtez ce feu ; vous finiriez par brûler tous mes sujets ».

La justice d'Eglise dont Sprenger, auteur du Malleus Malificarum, fut le plus illustre représentant, s'est trouvé progressivement déssaisie de la charge de lutter contre le diable, qui devint une affaire d'Etat et de justice civile.

Voyons un peu cette justice : Pierre de Lancre dans son tableau « L'Inconstance des mauvais anges et démons » (1612), donne une description très précise des activités du sabbat des sorcières. Il se renseignait près des sorcières dans la région de Bordeaux et le pays Basque vers Bayonne. Il s'acquitta avec zèle de sa mission purificatrice et faisait même danser les sorcières avant de les envoyer brûler... Il était aimable et cultivé, bienveillant, il écrivit aussi du Prince, il cherchait à démontrer combien sa justice était meilleure que celle des prêtres !

Mais le mal touche l'Europe entière : Seligman raconte comment la ville de Newcastle s'y prenait " quiconque souhaitait déposer une plainte en sorcellerie contre une personne pouvait l'apporter au witchfinder ", trente femmes furent estimées coupables et brûlées.

De nombreux érudits se penchaient sur ce problème dont Jean Bodin, grande autorité en la matière qui fit brûler plusieurs centaines de suppôts du démon. H. Boguet (mort en 1619) jurisconsulte éminent, humaniste de Bourgogne et président du tribunal fut implacable : dans son « Discours exécrable des sorciers », il présenta une somme considérable de détails horribles et indécents.Le livre connut 11 éditions, il prononça environ 600 sentences de mort contre les sorcières.

N.Rémy (1530-1612) et son traité Démonolâtrie, énorme compilation des instructions de sorcellerie, a envoyé au bûcher environ 900 sorcières en 15 ans de service public.

Quelques rares esprits vont combattre cette folie : G. Edeline ; J. De Beetz ; Corneille Loos ; A.Tanner ; F. Von Spee ; mais J. Wier, fut vraiment celui qui lutta le mieux , il écrivit L'Imposture des diables, il était le disciple de C. Agripa, illustre médecin et alchimiste qui sauva une pauvre paysanne du bûcher de l'Inquisition, elle était accusée sous prétexte que sa mère était elle-même diabolique et avait été brûlée comme sorcière.

Les cendres du bûcher à peine refroidies, le diable cessait de devenir un personnage réel...Pas pour longtemps, mais le temps des bûchers était bien révolu.

Rien ne se perd, les mentalités avaient absorbé un concept de purification par le feu qui perdurera toujours...L'autre devenant LE MAL, le mieux est de le faire griller pour assainir l'atmosphère !

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