
Ces quelques lignes
sont extraites du livre de Jean E. Charon « Cent
mille soleils par seconde ».
Outre une théorie sur ce qu'il appelle la "relativité
complexe" dans laquelle il défend l'idée d'un univers de
"psychomatière", c'est-à-dire un univers composé
de matière et d'esprit, l'auteur qui est physicien, se livre
à quelques réflexions d'ordre philosophique,
lesquelles m'ont interpellé quand je les ai
découvertes, il y a une dizaine d'années.
Elles ont été initiatrices d'une réflexion
personnelle sur le «Sens de la vie» et m'ont amené
à porter un regard très critique sur les options qui
guident nos sociétés contemporaines vers ce que je
considère comme une éperdue « fuite en avant ».
A mon point de vue, les certitudes (toutes les certitudes) sont
source de fanatisme, d'obscurantisme, de stagnation, voire de
régression.
La pratique de « la pensée paradoxale » est
toute différente en ce qu'elle ne considère rien comme
acquis,
mais devant être continuellement remis en question.
Nos sociétés modernes déboussolées, ne
devraient-elle pas s'en inspirer si elle veulent rétablir l'humain
au centre de leurs préoccupations ?
Ce ne sont que quelques extraits, non exhaustifs, qui pourraient
susciter un début de réflexion à ceux qui le
souhaitent...
Marcel Evrard - 26/03/2001
Nous
possédons deux approches de notre Univers, deux approches pour
« communiquer » avec lui
et avoir conscience de la demeure où nous sommes.
Ces deux approches se nomment la Raison et l'Intuition.
Tous les êtres vivants possèdent ces deux approches, aussi
bien l'Humain que les animaux plus simples
ou les végétaux et même les cailloux du chemin.
Mais ces deux approches sont très différentes l'une de
l'autre, et nous fournissent d'ailleurs
deux visions complémentaires de notre Univers.
L'Intuition est donnée à tout ce qui existe, les
minéraux comme les humains, et même les ultra humains
(pour employer un terme cher à Teilhard de Chardin).
Mais cette Intuition demeure personnelle, elle ne peut pas être
communiquée à autrui, elle est avant tout « Silence ».
C'est pourtant elle qui nous donne « conscience » que, tout en étant nous mêmes, nous appartenons
aussi
à un autre que nous mêmes, cet « autre » que
nous nommons notre Univers.
Comme le remarquait déjà Pascal, l'Intuition est cette
faculté mystérieuse qui fait que
non seulement nous savons, mais aussi que « nous savons que nous
savons ».
En fait, rien ne servirait d'avoir une « mémoire »
si l'Intuition ne nous apportait pas
la conscience des faits enregistrés dans cette mémoire.
C'est sans doute pour cela qu'il nous est aisé de distinguer la
mémoire d'un ordinateur et notre mémoire « vivante
» : l'ordinateur peut avoir une mémoire immense, mais il
n'atteindra cependant jamais la mémoire
qu'est capable de posséder le plus simple des êtres
« vivants », car celle-ci est une mémoire d'une
autre nature,
c'est une mémoire qui a « conscience »
d'elle-même ».
L'autre approche de l'Univers dont chacun de nous a été
doté par la Vie, quel que soit son « rang »
dans l'évolution, est ce qu'on nomme la Raison.
Certes, cette Raison est variable d'un être vivant à
l'autre, de même que chacun de nous possède une «
mémoire »
différente, une mémoire plus ou
moins développée. Mais chaque être vivant
possède une « mémoire ».
Chacun de nous possède bien une mémoire, même les
êtres de cet Univers qu'on prétend faits de matière
« inerte ».
Posséder une mémoire est aussi « commun » que
de posséder la « Vie » :
la Vie ne saurait être là si la Vie n'était pas
venue en même temps que la mémoire.
ELEVER NOTRE NIVEAU DE CONSCIENCE
Un examen minutieux de cette grave question nous montre que notre seul
« espoir » d'aller plus loin, ou « plus haut »,
est d'élever notre niveau de conscience.
Comment peut-on tenter d'élever notre niveau de conscience ?
Paradoxalement,
quand des jugements de valeur sont en jeu, on élève son
niveau de conscience
en interprétant le Bien comme traduisant l'approche du Mal.
Dès que le Bien est là, son contraire « le Mal
» n'est pas loin,
car l'Univers entier ne peut pas refuser l'existence des contraires.
Dieu a créé l'Univers assez « vaste » pour
« loger » à la fois une chose et son contraire, le
« Verbe » est ainsi fait.
Je ne prétends pas que « matériellement »
parlant, la « chose » contraire puisse venir facilement, et
dans tous les cas, prendre place dans l'Univers : mais souvenons-nous
de l'opinion du philosophe abbé Berkeley,
qui a tant fait réfléchir le XVIIIe siècle :
«
Les choses ne sont pas, elles sont ce qu'on pense d'elles ici et
maintenant ».
Les choses ne sont en effet finalement que les symboles qui servent
à les désigner... et les symboles exprimant
« le contraire » sont à tout instant «
disponibles » dans l'Univers. II suffit d'appliquer la
négation.
Elever son niveau de conscience, c'est trouver le chemin de Dieu en
sachant concilier les contraires.
C'est sans doute là l'origine des koans chinois et de ce
qu'on nomme la « pensée paradoxale ».
Mais cette « création » d'un nouveau langage n'est
jamais facile et c'est pourquoi cela n'a rien « d'automatique
»
de savoir élever son niveau de conscience.
Une étude un peu plus approfondie montre que, très
souvent, la « mise au monde » d'un « contraire
»
conciliable avec l'existant correspond à une «
création ».
La « création » vole toujours au-dessus de la
Raison.
Il y faut cependant souvent une très difficile «
méditation ».
L'Intuition est le fruit de notre « fusion » avec le Tout,
mais le résultat est si vaste qu'il ne peut se traduire
que par le Silence ou par un Verbe nouveau, par une véritable
« création »,
et donc finalement par une élévation du niveau de
conscience, comme nous venons d'en parler à l'instant.
Cette élévation de conscience est souvent le fruit de ce
qu'on nomme généralement la pensée paradoxale qui,
en fait,
fait appel à la fois à l'Intuition et à la Raison.
Le regard de la Raison nous donne l'illusion de « connaître
» le monde extérieur, et notamment « les autres
», en nous permettant d'établir une représentation
de ce monde extérieur, de « communiquer » avec lui ;
mais cette représentation est toujours « relative »
à ce qu'accepte au départ comme « vrai » (ou
faux) notre mémoire.
Donc cette représentation de l'Univers est toujours imparfaite,
toujours à perfectionner.
Ce qui entraîne que l'évolution « progresse »
sans cesse.
C'est aussi cela l'évolution : l'élévation
continuelle du niveau de conscience.
Elever son niveau de conscience c'est savoir harmoniser les contraires.
Nous préférons le mot « harmoniser » à
celui de « concilier » : harmoniser le Bien et le Mal n'est
pas conserver le Mal,
mais le rendre compatible avec le nouveau Bien ; ce n'est pas non plus
restituer le Bien tel qu'il était auparavant.
C'est modifier entièrement la face de l'Univers, un Univers
où les anciens Bien et Mal ont entièrement disparu.
Ce n'est certainement pas offrir un Univers construit à la fois
sur les anciens « Bien et Mal ».
Malheureusement, tant d'Hommes croient faussement que
l'amélioration de notre destin consiste à « opposer
» les contraires et à faire « triompher » le
plus fort !... alors que tel est précisément le chemin de
la violence et de l'intolérance.
Élever son niveau de conscience c'est, au contraire, retrouver
le chemin de l'Amour
comme nous l'ont toujours suggéré les vrais
prophètes.
J'ai connu, il y a cinq ou six ans, un ami français, vivant
depuis plusieurs années à Montreal au Canada
et que j'appréciais beaucoup.
Jean Lerède s'est toute sa vie intéressé à
nos moyens de communication les uns avec les autres,
et notamment à la communication psychique entre êtres
humains.
Il avançait que ces moyens étaient essentiellement
constitués de la Raison et de l'Intuition, comme je le faisais
moi-même.
Dans un très beau livre, « Les Troupeaux de l'Aurore
», il défend le point de vue que notre communication au
moyen de l'Intuition est devenue très pauvre en cette fin de XXe
siècle ; les Hommes d'il y a quelques dizaines de milliers
d'années savaient beaucoup mieux utiliser leurs facultés
intuitives, n'hésitant pas à recourir aux pratiques
initiatiques.
Il montre à quel point cette lacune dans nos moyens de
pensée est regrettable car, à son avis, cette
communication entre les êtres au moyen de l'Intuition est en
train de se perdre de plus en plus, au profit de l'utilisation
exagérée de la Raison.
Si la Raison est bien sûr fondamentale, l'Homme d'aujourd'hui
s'est amputé d'un véritable sens
pour connaître son Univers quand il a cessé de faire usage
de l'Intuition.
Jean Lerède s'est efforcé de montrer qu'il fallait
essayer de retrouver celui que nous étions jadis, qu'il appelle
« l'Homme du double plan », un Homme sachant utiliser
à la fois la Raison et l'Intuition, passant aisément d'un
plan à l'autre,ce qui est d'autant plus indispensable que pour
bien utiliser l'Intuition, il faut « faire taire » la
Raison, et vice versa.
Jean E. CHARON - "Cent
mille soleils par seconde"
Editions Albin Michel (1991)
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