

Collienne de Neufforge a érigé la chapelle Sainte-Anne des Pouhons en 1510. Elle a
été reconnue et consacrée le 7 sepembre 1524 par le prince-évêque de Liège Erard de la Marck.
Lorsque le promeneur découvre, pour la première fois, le délicieux vallon qui sétend depuis le village de Paradis jusquau pied des ruines de Logne, en passant par les riants pâturages de La Levée et les frais ombrages de Grimonster pour sengager, ensuite, dans les défilés de Ferot et de la Lembrée, il peut difficilement accepter lidée que jadis - et ce passé nest pas si loin de nous ! - ces solitudes ont pu retentir des sifflements de la fonte giclant des fourneaux panachés de fumées, du martèlement sourd des gueuses passant sur de monstrueuses enclumes et du bruit allègre des martinets battant le fer pour le transformer en stendu fer marchand. C'est là, sur le versant d'une colline qui s'étend des Pouhons à Grimonster que se trouve la chapelle. Cette vallée fut jadis le centre d'une industrie métallurgique très prospère. On ne fait pas un pas, sans rencontrer des vestiges de son ancienne activité : tantôt les vallons environnants sont barrés d'anciennes digues ayant formé des réservoirs, tantôt ce sont des scories de fer, des chemins encaissés profondément dans un sol pierreux : autant d'indices d'une circulation jadis intense, là où l'on ne rencontre aujourd'hui que le silence et le désert Le long d'un ruisseau sont échelonnés des vannes ou barrages en ruine, dont les eaux servaient notamment au lavage des minerais et comme force motrice pour actionner les appareils à battre le fer. C'est dans ce joli vallon que se trouve actuellement le hameau des Pouhons, dépendant des communes de Humé et Ernonheid. La ligne de séparation des deux communes est encore celle qui séparait autrefois les Seigneuries des Pouhons (pays de Stavelot) et de Harzé (pays de Luxembourg) Comme quoi si lindustrie déflore la nature, le dernier mot finit toujours par revenir à la victime qui, pour terminer, étouffe son bourreau... La chapelle solitaire des Pouhons est le seul vestige dune seigneurie comprenant plusieurs villages, des forges, les mines de fer toutes proches. Après une longue période de prospérité sétendant du XVe au XVIIIe siècle, cette industrie déserta, pour ne plus y revenir, ces régions que les guerres de toute espèce avaient dépeuplées. Une brève tentative de restauration se montra dans la partie inférieure de la vallée : jusquau milieu du XIXe siècle, le fourneau de Ferot, sous lactive direction des Marcellis, soutint avec Dieupart, Raborive, Chanxhe et quelques autres, la concurrence du bassin liégeois à son aurore ; labondance du minerai, la quantité de fer à bois et le bas prix de la main duvre ne purent tenir contre lécrasante concurrence, les progrès constants et lénorme rendement des usines utilisant le coke ; une par une, disparurent nos petites exploitations et la nature retrouva, dans un calme de cimetière, sa sérénité perdue depuis quatre siècles. De tout ce passé mort, il nous reste des souvenirs et notre délicieuse chapelle, aujourdhui sauvée, définitivement espérons-le, dune désaffectation qui eût entraîné sa ruine. |
Lancienne seigneurie des Pouhons comprenait Pouhons, Ernonheid, Avericoille et El Bârire, toutes agglomérations faisant partie de la paroisse de My et de la seigneurie du même nom. Cette seigneurie fut partagée le 29 octobre 1476 à loccasion du mariage de Raes de My, seigneur de My et vicomte de Ferot, avec Marie de Crisgnée... Pour le reste, lhistoire des Pouhons se confond avec celle des alternatives de prospérité et de décadence par lesquelles passèrent les installations industrielles qui lui donnaient toute son importance. La décadence avouée dans les reliefs de la mayeurie ci-dessus fut irrémédiable ; des villages tout entiers disparurent au point que nul narrive à les situer ; seule la chapelle érigée par les Neufforge demeura gardienne de leurs cendres et de leur pieux souvenir. Qui na pas entendu parler de la chapelle des Neufforge à Pouhons et appris, surtout, ses vicissitudes et ses malheurs ? Les Neufforge nétaient pas, à proprement parler, les seigneurs des Pouhons ; ils possédaient dautres seigneuries ; le produit de leur industrie et de riches alliances devaient leur en procurer encore. En 1524, Colienne de la Neuveforge, dit le Vieux,seigneur de Warche, époux de Béatrix de Naoust, avec qui il demeura au château des Trois tours, fondait la chapelle que nous voyons encore aux Pouhons. Un octroi du cardinal Erard de la Marck, prince-évêque de Liège, ly avait dûment autorisé (Consacrée le 7 septembre 1524) Pouhons nétait pas, à cette époque, le riant désert que lon connaît aujourdhui. La présence, à proximité, de tous les éléments indispensables à lindustrie métallurgique du temps, y avait provoqué la construction de trois fourneaux à fer au moins, pour ne parler que de ceux dont nos investigations nous ont démontré lexistence. Les ruisseaux à cours rapide et à débit constant qui dévalaient des hauteurs dErnonheid, Regnier et Paradis, jalonnés de barrages, fournissaient une force motrice constante et à bon marché ; des gisements filoniens facilement accessibles, affleuraient au flanc des coteaux voisins, dont les cimes couvertes dépaisses forêts, promettaient une réserve de combustible inépuisable à condition dêtre méthodiquement exploitée.
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Aussi des industriels avisés de ce temps, navaient-ils pas tardé à barrer les deux vallées peu au-dessus de leur jonction, en aval du village de Paradis, sous les murs de la ferme actuelle, où lon distingue encore les contours dun vaste étang et vraisemblablement (mais ici, on nen voit pas clairement les traces), en amont du confluent, au SW duquel sélevait, daprès la tradition, le Tcheslinfornay. En aval de ce point, vers lendroit où a été sommairement captée une source deau plus ou moins minérale, on voit les restes dune digue en gros blocs de quartzite ; en amont, le sol montre à sa surface un dépôt horizontal de vase ancienne ; de ci de là, des infiltrations persistent qui, jadis, se sont fait jour à travers le fond mal colmaté de létang. Immédiatement en aval, une prairie montre à sa surface (taupinières, flaques deau) les traces dun dépôt de combustible ; plus bas, sous le gué du chemin de Paradis à Xhoris, le sol est imprégné de fines cendrées, mâchefers et fragment de laitier vert ou bleu ; cétait, vraisemblablement, lemplacement dun des fourneaux dont les gros blocs de granit sont aujourdhui utilisés comme clôtures et éléments de soutènement. En approchant de la chapelle, on remarque les vestiges des terrasses sur lesquelles sétageaient les jardins de limportante demeure dont, seuls, quelques bossellements de terrain marquent aujourdhui lemplacement. La chapelle qui occupait lextrémité de cette propriété, jouxtant le chemin public, est seule restée en place ; tout le reste, la maison des maîtres de forges jusquau modeste logis du desservant, en arrière du chevet, a été balayé par le temps et la rapacité des occupants. La chapelle, après queut cessé lexploitation industrielle et que les villages dAlbârire, Avericoille, et autres (dont on ignore, jusqu'à l'emplacement ! ) eurent été désertés par leurs habitants, faillit, à plusieurs reprises, disparaître à son tour.
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Un si bel exemple ne pouvait être perdu : ce fut à qui manquerait le plus de respect à la chapelle dépouillée : la porte, perpétuellement ouverte, était une invitation à y pénétrer ; les enfants y prirent leurs ébats, les passants y séjournèrent ; les vitres volèrent en éclats et bientôt, ce fut à qui enlèverait ce quil trouvait à sa convenance. Le chemin fut barré par un locataire voisin, soucieux doffrir à son bétail toutes les commodités pour passer dun pâturage à lautre. Les haies non élaguées commencèrent à pousser dru et ce fut, un certain été, toute une affaire de se frayer un chemin jusquà la chapelle. Quelquun proposa même, sous le manteau, dy laisser abriter le bétail... On était si bien accoutumé à considérer la chapelle comme lopposé dun lieu sacré quun galopin se permit dessayer de soulever la pierre tombale de Collienne de Neufforge, " pour voir ce quil y avait dessous ". Etrange conception du respect dû à la mort ! Un autre, sur la foi dun sourcier, pratiqua des fouilles sans aucune prudence à lintérieur de ces vieux murs où il prétendait trouver le débouché dun souterrain aboutissant à un château des environs. Cen était trop. Sur une plainte lui adressée, M. Pirard, alors Gouverneur de la Province, intima lordre à la commune de Harzé davoir à rouvrir le chemin dans les 48 heures et à maintenir le passage praticable. Sur linitiative de M. le Chanoine Quaedvlieg, fut fondée la confrérie de Sainte-Anne. Cette association se donna pour but de rétablir dans la chapelle restaurée, la célébration de messes annuelles les jours où lEglise honore Ste-Anne, son époux St-Joachim, la Nativité de la Vierge et St-Remacle, ancien patron de Stavelot. Les confrères se mirent en quête de mobilier en vue de rendre à la chapelle un aspect décent. Les ouvriers de tous métiers y furent envoyés. En dernier lieu, les superbes pierres tombales dont un curé de Harzé avait eu, il y a une soixantaine dannées, lidée baroque dexposer les reliefs à les destruction par les pieds des passants, furent encastrées dans les murailles et placées ainsi hors datteinte. Lautorité ecclésiastique voulut bien donner son approbation à ces mesures de réparation et la Commission royale des Monuments et des Sites accorda son adhésion à ces initiatives ; elle mit le sceau à son action bienfaisante en classant la chapelle comme monument historique. Telle quelle se présente aujourdhui, la chapelle des Pouhons est un humble édifice quadrangulaire dune quinzaine de mètres de long ; le toit à double versant, est surmonté vers loccident dun petit clocheton couvert dardoises. Quatre haies à plein cintre surbaissé assurent léclairage du vaisseau qui est à une seule nef. Deux rangées de bancs sont séparés par une allée où des pavés de pierre bleue ont remplacé, depuis 1937, les pierres tombales. Celles-ci, au nombre de trois couvraient jadis les dépouilles de Collienne de la Neufforge ( 20-III-1592) et son épouse Catherine Rave ( 05-III-1586) ; Ogier Boileau ( 20-VII-1609) et son épouse Catherine de Neufforge ( 1599) ; Remacle de Noirfalize ( 1639) et son épouse Anne de Sougné ( ?). Cette dernière pierre, de faible relief, posée très près du seuil a été particulièrement maltraitée et les quartiers, notamment, sont presque indéchiffrables. Voici les trois inscriptions : |
La troisième pierre, la plus maltraitée, montre un grand écusson central encadré de quatre autres plus petits. Voici comment nous lisons ce qui reste de linscription :
Au temps de sa dernière splendeur, la chapelle possédait, outre un remarquable plafond montrant des peintures datant de lépoque de sa construction les statues en bois de Ste Anne et de St Remacle ; la piété naïve des fidèles y avait joint, ces derniers temps, quelques plâtres modernes, qui ont d'ailleurs été emportés avec le reste. ![]() Photographie de l'aquarelle que m'a offerte mon ami Jacques Quoidbach Lautel, dans le goût du XVIe siècle (Renaissance, bois peint imitant le marbre, appliques simulant le bronze), sérigeait sur un massif de maçonnerie qui contenait, jadis, une boîte en plomb avec reliques et était recouvert dun antépendium garni de cuir ouvragé et rehaussé dor et dargent. Cette pièce irremplaçable est suppléée par une imitation. La porte du tabernacle est décorée dune peinture : le Christ Rédempteur ; un fond de retable montre deux scènes de la Passion : lagonie de N.S.J.C. au jardin des Oliviers et le baiser de Judas. Ces peintures ont un certain mérite, mais il semble que des personnages ont été retouchés ainsi que les avant-plans par un artiste qui était loin davoir la maîtrise du peintre primitif. Deux
tableaux (scènes de la Passion) récents, un Chemin de croix lithographié
et une statue moderne de Ste Thérèse de lEnfant Jésus, dons de généreux
bienfaiteurs, ont aidé à voiler la nudité des murs.
tiré des travaux du Dr. Thiry et de l'étuds de MM Amand et Brouwers Contatct ; Les amis de la Chapelle Sainte-Anne des Pouhons PS : Pour le 500ème anniversaire de la consécration (2024) l’ASBL a le projet de restaurer le plafond. Les démarches sont en cours. Les délais administratifs et subsides me paraissent cours. |