Les archives nous apprennent que déjà en 1380, 24 fondées avaient eu lieu à Ferot ; qu'en 1426, y était situé un marteau. Cela nous porte à croire qu'en 1380, un marteau y était déjà installé et à plus forte raison que la soufflerie était mue par la force hydraulique. Sinon, c’eût été un non sens d’installer un fourneau dans la vallée, au bord de la rivière.
LES MAITRES DE FORGE
1477 - 1508
1527 - 1541
1547 - 1567
1596 - 1626
Ferot
Everard de la Marck avec Jehan le Marchan et Lambert Lardinois en 1477, puis avec les Vingiers jusqu’en 1525 environ
Le vieux fourneau : Lorrent de Ferro, Lambert le Basticheux, puis Job et Lambert de Mollin
Le nouveau fourneau : Thomas le Bastard et son gendre Raskin de My, puis la Veuve Raskin et Henri de Harre
1547 : La Damoyselle de Ferire, le grand Herman de Longnoulh, Henri de Harre, Joh. de Moulin, Lambert le Bâtisseur, Robert de Comblin, Henry Remy
1567 : Henry de Harre, Antoine Raes de Bohon, Levoeit d’Antinne
1574 : La Vve de Harre
-
Nivarlet
Guillaume d’Izier - Noël de Heyd
Guillaume d’Izier
1596-1606 : Evrard Sarter, Lowette de Harre, Jacques Haguinet, Cr. Marckloff,
1606-1620 : Les mêmes, Servais de Blier, Henry de Harre, Joh. de Quareux
Neucy
- Henry de Creppe, Henry Collinet
- Jehan de Fexhe (1528)
Jehan le Charpentier
- Pirotte Noirfalize, Pierre Gilmant
- Crèvecoeur : Evrard Sarter, P. Pollo, C. de Clercq
Dans cette liste des maîtres de forges : Robert de Comblain est Robert de la MARCK, époux de Catherine LARDENOIS de Ville ;
la demoiselle de Ferrières est vraisemblablement Jenne de FROIDCOURT.Ils tiennent leurs parts à Ferot des deux époux successifs de Marie LAMBINON : Henri de HARRE et Thomas le Bastard (LARDENOIS).
Note de M. Yves GOB
Ceux de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle sont, pour la plupart, des proches collaborateurs du seigneur de Durbuy, Evrard de la Marck : prévôts ou échevins et des hommes de fief.
Ils étaient copropriétaires de leurs fourneaux - le receveur de 1401 disait déjà : « maître Brussequin et autres » - faisaient charbonner sur leurs héritages ou, moyennant redevance, sur les bois du seigneur, dirigeaient l’exploitation des minières et se répartissaient le temps de fondage.
Evrard de la Marck semble avoir eu la haute main sur les usines de Ferot. Jamolz et Remacle de Bomal fondaient pour lui, du minerai de Wéris à Rochefort en 1477.
Vers 1525, après la mort d’Evrard de la Marck, les deux seigneurs engagistes ont cessé de s’intéresser à la métallurgie, du moins de façon directe, mais des seigneurs fonciers continuent à s’en occuper comme commis et échevins : les Sarter, les de Harre, les de My, les Brisbois dont Adam, le prévôt de La Roche, Dary Daie, le prévôt de Durbuy, Jehan Lambert, Marckloff, Nali, etc. Dans la liste des hommes de fiefs annexée au Verbal Boisot de 1538, nous relevons une vingtaine d’hommes féodaux intéressés aux forges, tous roturiers, sauf les Groulart qui viennent grossir leurs rangs. Ce sont, notamment, les frères Wathelet de Raborive, Grégoire d’Ozo de Comblain, Pirotte Jalhay de Franchimont, Jehan d’Aywaille et des Namurois : Jean Rifflart, Pirquo le forgeur et peut-être même, Gero, le mayeur de Fisenne.
FEROT - LEMBREE et RUZE
Nous l’avons vu plus haut, la forge de Ferot est une des plus anciennes de la Terre de Durbuy, mais nous la perdons de vue de 1400 à 1477. Nous savons seulement qu’il existe, à proximité, un marteau : celui de Lembrée mentionné en 1436.
Les établissements métallurgiques de Ferot ont un statut qui leur est propre : ils sont les seuls à payer en argent une redevance qui va, par moitié au seigneur de Durbuy, par moitié aux vingiers (ou winchiers), c’est-à-dire à ceux à qui est revenue, par adjudication devant la Haute Cour, la ferme des droits de passage.
Nous ne connaissons pas les noms des fondeurs de Ferot avant l’année 1527, sauf pour 1485 , et il nous est impossible de savoir dans quelle mesure les de la Marck qui traitaient le fer à Rochefort et Agimont et les de My, vicomtes de Ferot, y étaient intéressés depuis 1471, date de l’engagère de la Terre de Durbuy aux de la Marck..
Le fait est que le statut de Ferot changea peu après la levée provisoire de l’engagère de la seigneurie en 1525 car, en 1527, Ferot ne figure plus parmi les fourneaux contrôlés par le haut forestier et le cens y est perçu pour le cours de l’eau seulement, toujours en argent, contrairement aux autres qui paient en fer et cependant, en proportion de la production. A cette époque, les noms des fondeurs sont cités.
Il y avait, alors, deux fourneaux à Ferot : le vieux et le nouveau et la production y fut assez élevée avec les de Mollin, les de My et les de Harre, de 1527 à 1567 .
Le marteau de Lembrée fut désaffecté de 1485 à 1537 et selon le compte de 1537, Guillaume de My a édifié sur son emplacement, un moulin pour lequel il refuse de payer le coup d’eau.
Dans l’entretemps, le marteau delle Ruze avait pris sa place : il existait en 1478 et les receveurs le mentionnent jusqu’en 1542 sans citer le nom de son propriétaire. En 1548, il appartient à Henri de Harre,; mais en 1574, il est abandonné par sa veuve qui s’est installée à Ferot. Son mari y avait été associé à Jacques Dawan dont la veuve Adriane de Villers avait cédé les biens de Ferot à Catherine de Hodister, veuve de Harre et à ses enfants, Evrard et Marguerite.
En 1575, Ph. Marckloff écrit : « Cestuy compteur remonstre que depuis le trespas de Henry de Harre pour plusieurs differens et altercations entre la vefve et parchonniers le dit fourneau et forge sont arruyne ».
Pendant plus de deux siècles, Ferot avait été un centre important de la métallurgie de Durbuy; il ne devait reprendre son activité qu’un siècle plus tard.
NIVARLET
Aujourd'hui complètement disparu, Nivarlet était un petit village situé entre Ferrières et Harre (voir carte). Bien que les archives nous en laissent maintes traces, seuls quelques initiés savent encore qu'il a existé et qu'il fut même un lieu où s'activèrent les métallurgistes d'antan…
Quand mourut à Amonines Guillaume Sarter le Vieux, sa femme continua à s’occuper du fourneau de Blier. Leurs fils Baudouin et Guillaume avaient déjà gagné Izier. Non loin de là, à Nivarlet, s’érigea bientôt un établissement métallurgique. Ce fut après 1508, puisque le compte du receveur de cette date ne le signale pas, mais avant 1527 car, cette année là, il est tenu par Guillaume d’Izier qui y fait 14 semaines et 5 jours de fondée .
On a de bonnes raisons de croire qu’avant 1525, il était en activité puisque Noël de Heyd qui cédera une part de Nivarlet, en 1533, à Guillaume, était, en 1525, en relation d’affaires avec Jean le Marchant de Liège à qui il paie 8000 livres de fer.
De 1537 à 1567, Guillaume Sarter (III) fils du précédent, a fondu à Nivarlet . Nous n’en savons pas davantage si ce n’est qu’il n’a pas fondu en 1575 et qu’il y a, alors, au «quartier de Nivarlet et de Crispa» 12 ménages .
Le fourneau restera la propriété des Sarter, Evrard Sarter et Gilles de Jemeppe, son beau-frère, s’opposèrent à ce qu’il fût vendu à Lowette de Harre, Jehan Queblion et Christern Marckloff et il fut le premier à être reconstruit, en 1595, avec l’autorisation du comte d’Oostfrize.
On a vu quels fondeurs se sont réparti les temps de fondée de 1595 à 1621, date à laquelle il fut démantelé avant de passer aux mains de Henry de Harre (1620) et de Henry de Layon (1622) .
NEUCY
Il n’y a pas grand chose à dire de la forge de Neucy.
La Terre de Durbuy touche à la Lienne par le bois de Grandmont et Picheux et le receveur du domaine y perçoit la moitié de la redevance du coup d’eau de la Lienne et celle du ruisseau qui descend du bois de Noiremont et se jette dans la Lienne.
Avant 1595, les comptes des receveurs ne font pas allusion à cette forge qui, d’après un acte de la Haute Cour, existait en 1528 et appartenait à Henry de Creppe et à son gendre Henry Collinet : il s’agit du « martel de Neupxhy » .
De cette date à 1595, il n’est question, dans ce coin de terre, que d’un marteau sous Grandmont qu’y a construit, avant 1547, Jehan le Charpentier de Chevron , là même où, en 1567, Jehan de Harre a installé son moulin .
En 1596, Pirotte Noirfalize vient de construire une forge « soub la haulteur de Durbuy a l'opposite de la viel forge de Neuchy », le receveur lui accense « la moitié d’eave appelée l’eave de Liene joindant au bois ensemble le cours du ruysseau qui décole du bois de Noiremont», alors que l’année précédente, l’accense se faisait encore au nom de Jehan le Charpentier pour sa forge en ruine , mais elle venait d’être reconstruite .
En 1622, c’est à Pierre Gilmant, marchand de Liège, qu’est loué le coup d’eau « appelé Liene pour le conduyr sur ses usines et fourneau au lieu de Neucy ». Jusqu’alors, il était question d’un marteau « sous la hauteur de Durbuy », il est probable que le fourneau se trouve sur la rive droite de la Lienne, à Neucy même.
PRODUCTION EN JOURS DE FONDAGE DES FOURNEAUX
DE LA TERRE DE DURBUY DE 1477 à 1626SOURCE : Comptes des receveurs, rubrique : recette de fondage à la date indiquée ci-dessous – Archives Générales du Royaume et Archives de l’Etat de St-Hubert
1477
1485
1487
1488
1490
1494
1497
1498
1499
1500
1501
1527
1528
1537
1538
Ferot 1
63
56
112
140
252
238
217
196
308
155
96
150
233
Ferot 2
168
112
98
Nivarlet
38
108
110
63
1539
1544
1547
1597
1599
1601
1603
1604
1605
1616
1619
1620
1621
1623
Ferot 1
a)
b)
127
Ferot 2
64
Nivarlet
96
124
62
214
251
187
106
169
130
83
61
a) et b) : les rapports n’ont pas été remis au receveur - pour cette période 1547-1567, certaines précisons nous viennent des registres de la Haute Cour de Durbuy, mais nous ignorons la production de ces fourneaux
tiré de "L'industrie métallurgique de la Terre de Durbuy de 1480 à 1625" - Fernand Pirotte