Origines du patronyme EVRARD

HISTOIRE DES NOMS DE FAMILLE

 

Actuellement, le prénom d'un l'enfant lui est attribué lors de sa déclaration à l'Etat-Civil et il est habituellement confirmé lors de son baptême, qu'il soit religieux ou laïque. Avant l'apparition des registres de population, c'était à son baptême (toujours religieux et rappelons-le, fort proche de la naissance) que l'enfant recevait un prénom pour la vie.

Avant la christianisation de nos régions, des règles différentes furent observées pour l'attribution d'un nom qui devait différencier les individus au sein d'une communauté.

A l'époque des Gaulois, les prénoms des individus dans une communauté étaient davantage des surnoms que la collectivité attribuait à la suite d'un évènement quelconque. Ceux-ci n'avaient aucun caractère héréditaire et pouvaient même varier au cours d'une existence.

Si l'on décompose le nom de VERCINGETORIX, le plus célèbre des Gaulois (après Obelix…), on trouve ceci : VER : superlatif - CINGETO : guerrier - RIX : roi. Ce que l'on pourrait traduire par "le plus grand roi des guerriers" ou "le roi des plus grands guerriers".

Les noms gaulois disparurent progressivement lors de la conquête des Gaules par les Romains et ne laissèrent pratiquement aucune trace dans nos régions. Avec le temps, les Gallo-Romains adoptèrent les habitudes latines consistant en l'attribution de noms en trois parties : le prénom - le nom de la "gens" ou nom de tribu (nom de famille) et enfin le surnom. C'est ainsi qu'a cette époque, Charles de Gaule aurait pu s'appeler : Carolus Gallus Magnus (Charles de Gaule le Grand).

Dès la moitié du IVe siècle, nos régions eurent à subir les invasions de diverses tribus germaniques de plus en plus nombreuses et belliqueuses. En l'an 406, Tongres ravagée par les Vandales et l'an 476 sonne la fin de l'Empire Romain d'Occident.

En 492, Tongres est conquis par Clovis qui, vers 510, fait codifier les lois et coutumes des Francs saliens (la loi salique). Par la force des choses, nos ancêtres gallo-romains sont amenés à intégrer progressivement ce nouvel occupant et à adopter et à se fondre dans ses habitudes.

C'est ainsi qu'après la règne des noms latins, ce sera celui des noms germaniques. L'usage de l'identification de l'individu en deux ou trois parties sera remplacé par celui d'un nom unique auquel le surnom continue à être très souvent associé. De cette époque, provient mon patronyme EVRARD (Eber : sanglier - Hardt : dur, fort), prénom devenu presque exclusivement nom de famille.

En effet, ces noms germaniques sont généralement composés de deux éléments dont la combinaison donne une infinité de variantes.
A titre d'exemple :

  • déterminatifs : HALD : vieux - BERT : brillant - HARDT : dur

  • verbes : WARD : garder - WALD : gouverner

  • substantifs : HROD : gloire - REGIN : conseil - HRAMN : corbeau - BERIN : guerrier ou ours - GER : lance ou javelot

Ainsi naîtront un certain nombre de noms qui ont traversé les siècles jusqu'à nos jours et qui sont toujours usités, en tant que prénom ou de nom, par exemple :

  • Robert : HROD-BERT

  • Roger : HROD-GER

  • Bernard : BERIN-HARDT

  • Bertrand : BERT-HRAMN

  • Renaud : REGIN-WALD

  • Gérard : GER-HARDT…

L'usage de ce nom de famille unique persistera jusqu'à la fin du dixième siècle. Entre-temps, les grandes campagnes d'évangélisation de nos contrées instaurèrent le sacrement du baptême au cours duquel l'enfant recevait un prénom pour la vie et qui plus est, le nom d'un saint. Ce nom est d'abord utilisé seul.

Deux raisons majeures expliquent que l'usage de ce nom unique devint rapidement ingérable : d'une part, l'essor démographique de cette période et d'autre part l'utilisation excessive des mêmes noms donnés au baptême. En effet, chaque région vénérait plus particulièrement tel ou tel saint(e) et les noms de ceux-ci furent employés en grand nombre.

C'est alors que le surnom, dont l'usage n'avait jamais complètement disparu, prit une importance croissante.

Dès la fin du onzième siècle et surtout au douzième, chaque individu recevra deux noms : celui reçu lors du baptême et le second, le surnom, qui devra permettre de différencier les individus porteurs du même prénom.

Dans un premier temps, ce "surnom" sera tout simplement le prénom du père, d'où l'origine du mot "patronyme" = "nom du père".

A cette époque remonte aussi l'habitude de la transmission héréditaire du patronyme.

Cela explique qu'une quantité impressionnante de noms de familles sont des prénoms, originels ou altérés et dont un grand nombre est encore utilisé comme prénom, de nos jours.

Songeons à : Jacques Laurent - Laurent Jacques - Albert André - André Albert - Bernard Robert - Robert Bernard ….

Un peu partout en Europe occidentale, ce surnom ou nom de famille (patronyme) puisera son origine dans l'une des catégories suivantes :

1. Nom du père (à peu près un cas sur deux) :

  • conservé tel quel : Evrard, Martin, Gilles, Lambert, Laurent, Michel, Servais, Grégoire, Toussaint, Remacle, Hubert, Vincent, Simon, Robert, etc...
  • certains noms de famille sont issus du diminutif de certains prénoms.
    Ils perdront une, parfois deux syllabes, soit à l'avant, soit à la fin. On parle, suivant le cas, d'aphérèse ou d'apocope ; on leur accolera ensuite une terminaison en ot, et, on, son, in
naîtront ainsi : Kaisin (Nicaise), Minguet (Dominique), Santkin (Alexandre), Massotte (Thomas) - Gillet, Gillot, Gilson (Gilles) - Martinet, Martinot (Martin) - Jacot, Jacquet (Jacques) - Abinet, Aubin, Aubinet (Albin) - Lambotte, Lambion, Lambiotte (Lambert)…
  • certains se transmettront sous leur habillage dialectal : pour le wallon, citons : Thiry pour Thierry, Colla ou Collard pour Nicolas, Paquay pour Pascal, …

2. Référence à un toponyme

  • Le prénom du père ne sera pas la seule source de patronymes. Deux prénoms accolés pourront se rencontrés au sein d'une même communauté et le problème restera entier. C'est ainsi que le village d'origine servira à distinguer les homonymes. Apparaîtront, alors : des Debra, Deharre, Deherve, Deliège, Despa, Desneux, Detheux, Deville, Debru ou Dubru, Dogné, Dizier, Doppagne, Dodeigne, Dombret, Delrez (de la Reid), Hamoir, Houssonloge, Lierneux, Nivarlet (village disparu situé entre Ferrières et Villers-Ste-Gertrude) , Neuville, Henoumont, Rahier, Remouchamps, Sèret (Seraing), Tavier, Wegnez …
  • A côté de ces noms de localités et de lieux-dits, l'environnement lié à la résidence de l'individu produira : Delvaux, Delvenne, Dethier, Delheid, Dumont, Dupont, Dubois, Dussart, Dessart, Fontaine, Labasse. (une basse, dans la Famenne, est un étang entouré de roseaux)...
  • Les étrangers abandonneront souvent leur vrai nom pour prendre celui de leur nationalité : Picard, Lallemand, Lespagnard, Lesuisse, Lefrançois, Lallemand, Langlois,...

3. Nom de métier

  • La profession sera évidemment à l'origine d'un grand nombre de patronymes : Brasseur, Boulanger, Carpentier, Charpentier, Cordonnier, Laboureur, Lefèvre (au Moyen-Age, le forgeron s'appelle le fèvre), Marchand, Lemarchand, Mayeur, Gendarme, Masson, Meunier, Maréchal, Lemaire (qui a rempli les fonctions de lieutenant-maïeur), Braconnier (une profession qui n'a rien de péjoratif ; c'est, au contraire, le chasseur attitré du chapitre), Charette, Widar, Wuidar (du wallon vûdî, celui qui évacue les charbons de la faulde), Brevers (comme Breuer, altération de Brauer : brasseur)....

4. Surnoms divers.

Les patronymes issus de surnoms ou sobriquets sont nombreux et parfois difficiles à interpréter :

  • Certains noms reflèteront les caractéristiques physiques de ceux qui les portent : Forthomme, Lebeau, Legrand, Petit, Legros, Lejeune, Vilain, Boullette puis Bollette (petit et rond), Bêchet (de bètchète, petit et mince), … la couleur de leur chevelure : Leroux, Leblanc, Lenoir, Lebrun…
  • D'autres font référence à une dignité : Leroy - Lempereur - Leduc - Lecomte… s'agit-ils de surnoms attribués par dérision ou sont-ils une référence à des activités exercées auprès d'un dignitaire ???
  • D'autres encore trahiront le caractère et les qualités morales de l'individu, comme : Lefier, Bonmariage, Boutet (désigne un impulsif), Pondant, (un agressif - en wallon liégeois, pondant : adjectif et substantif qui signifie piquant)….
  • La condition sociale donnera : Bourgeois, Jeunehomme, Sagehomme, Prudhomme, …

 

Apparition des Registres paroissiaux

A la fin du XVe siècle, l'Eglise commence à prendre conscience de l'utilité de disposer de documents enregistrant les baptêmes. En effet, les autres sacrements ne pouvaient être administrés qu'aux baptisés et, faute de documents, il fallait s'en remettre à la mémoire et aux témoignages... Certains évêques et curés notèrent donc dans des registres des renseignements sur leurs paroissiens.

En France, l'Ordonnance de Villers-Cotterêts (François Ier - août 1539) réglementera la tenue par les prêtres des registres paroissiaux : baptêmes et mariages, puis plus tard les sépultures. En plus des renseignements relatifs au baptême proprement dit, les registres devaient contenir l'heure et la date de la naissance de sorte que, plus tard, on puisse vérifier précisément l'âge d'une personne et savoir notamment si elle était majeure.

La hiérarchie ecclésiastique lui emboîtera rapidement le pas et, en 1563, le Concile de Trente impose à tous les curés de tenir des registres des baptêmes. Ces registres mentionnent les noms de l'enfant, de ses parents et de ses parrain et marraine.

Les registres paroissiaux seront remplacés par les registres d'état-civil par la loi du 20 septembre 1792.

Une loi du 6 fructidor an II (23 août 1794) défendit d’ajouter un surnom à son nom, à moins qu’il n’eût servi jusqu’alors à distinguer les membres d’une même famille. Depuis lors, le patronyme, renforcé du ou des prénoms, est le seul moyen légal de signalisation des individus. Toutefois, en vertu de la loi du 11 germinal an XI (14 avril 1803), un décret peut autoriser l’adjonction au nom patronymique d’un surnom ; et l’instruction du 21 septembre 1955 permet d’indiquer dans les actes d’état civil «les surnoms ou sobriquets, si une confusion est à craindre entre plusieurs homonymes, notamment dans les petites localités. En pareil cas, le surnom doit être précédé de l’adjectif "dit".

La retranscription des noms de famille et des prénoms dans les registres paroissiaux, puis dans ceux de l'état-civil, n'empêchera toutefois pas le changement d'orthographe de certains noms. C'est ainsi que lors de nos recherches généalogiques, pour un même patronyme, on retrouvait aussi bien Lecompt que Lecompte ou Lecomte !

Il n'est donc pas étonnant que des personnes portant des noms différents puissent néanmoins appartenir à une même famille.

Ce ne sera qu'à partir du XIXe siècle qu'on s'efforcera de conserver la même orthographe dans tous les documents relatifs à une personne.

Une internaute, Mme Lydia PAVOT me transmet ceci à propos des origines de son patronyme :

Il paraît que le nom de famille PAVOT tient son origine des revendeurs d'opium au cours du 17ème ou 18ème siècle.
Mais ce qu'il est intéressant de savoir c'est qu'en général toutes les familles Pavot, sont regroupées dans le Nord de la France. Nous sommes très peu à vivre ailleurs, (puisque ma soeur et moi, vivons en Languedoc Roussillon).
Pour la petite histoire de notre patronyme familial, je sais que notre nom a été déformé à l'état civil il y a de ça, quelques générations.
En fait, nous nous appellions PAVAUX et une étourderie ou une mauvaise compréhension de la part de l'employé de l'état civil, a modifié l'orthographe et a enregistré ce patronyme sous celle de PAVOT. Personne n'a dû s'en plaindre puisque nous le portons toujours ainsi écrit, actuellement


EVRARD : Les origines d’un patronyme

Tous les dictionnaires d’anthroponymie nous le feront savoir, Evrard est tout simplement une forme francisée d' Eberhard.
Ce nom est un de ces nombreux doublets germaniques construit, cette fois, avec les éléments assez connus

- Eber et - hard : Celui qui a de la résistance (hard) du sanglier (Eber)

De façon plus approfondie, vous apprendrez dans certains ouvrages plus diserts, que tenant compte de l’ambiance métaphorique qui a présidé à la construction de ces noms de personnes, il faudrait plutôt lire qu’Eberhard « bénéficie largement de la force (-hard) et de la persévérance du sanglier (-Eber) ».

Ce sont probablement ces qualités de l’animal que les parents germaniques ont espéré voir transmettre aux enfants auxquels ils ont donné ce nom.

Dès que l’on baptisera, ce sera en espérant la protection d’un saint personnage que l’on donnera son nom aux nouveaux nés. Nouvelle étape : ce ne sera plus le sens fondamental du nom, mais le pouvoir de celui qui le porte qui sera pris en considération. Aujourd’hui, plus aucune de ces intentions n’existe encore.

Il n’y a plus que la mode ou une certaine tradition familiale qui intervienne dans le choix des prénoms soumis à l’inscription dans les registres des naissances.

Il y a plusieurs saints Eberhard qui sont devenus des saints Evrard dans notre langue maternelle.

Le plus important d’entre eux, celui qui a vraisemblablement initié tous les nôtres, a du être le Sanctus Eberhardus évêque de Salzbourg (1085-1164). Il n’hésitait pas à soigner, laver et guérir lui-même les vieillards pauvres. En cette époque où fleurissait une Eglise sans frontières, il n’est pas autrement surprenant qu’un saint évêque qui s’était popularisé au sud du Danube, ait tout autant été apprécié chez nous. D’ailleurs, le clergé liégeois ne dépendait-il pas du Saint Empire Romain Germanique .

C’est peut-être aussi d’Eber que vient le nom de nos ancêtres les Eburons, mais dans le domaine de notre histoire régionale, le Sanglier des Ardennes ne fut pas notre prince Evrard de la Marck, bien que Evrard et Sanglier vont très bien ensemble. On vient de le dire.

Extrait de l’article de Roger CLASSEN : « Les noms révèlent leur identité »

« Le Jour – Le Courrier du lundi 01/09/1997

L'avis d'une internaute :

L'article sur le nom EVRARD de Roger CLASSEN est très intéressant

Je descends moi même dans mon arbre des DE BROUARD dont les premières traces écrites sont apparues dans le pithiverais vers 1050-1100
Le blason de ces seigneurs de Chamerolles et autres lieux est un sanglier passant sur fond d'azur
Les dico parlant de l'origine de ce nom parlent de brouet... (soupe) mangeur de brouet ;
cela ne m'avait jamais satisfaite....
Je viens de réaliser en lisant l'article de R CLASSEN, ce qui me semble la vraie origine du nom, d'autant plus que le mobilier de leur blason vient conforter cette idée.
EVRARD et BROUARD ont la même signification :
EBER (le sanglier) est devenu BRU ( comme bérouette est devenu brouette) et HARD : la resistance de ...D'où BROU-HARD...

Merci de m'avoir éclairée. Cordialement. Paulette Pruneau